‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 196 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V. S · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V. S

OU le saint ^ qui, depuis que le monde existe, a osé dire une fois : « A tel jour, dans tel acte de « ma vie, j'ai été pur de toute étourderie? » Apparaissez, vous dont l'Eglise a canonisé la mémoire! Vous serez les plus empressés à décliner cette prétention insensée ! « Je sais une chose, c'est que je a suis un pécheur : » voilà ce que dira chacun de vous, comme Socrate disait :((/6 sais une chose, cest que je ne sais rien ^.» Nul physiologiste n'admet l'état parfaitement sain du corps. Quel psychologue admettra Fétat parfaitement calme d'une conscience que ne trouble nulle passion?

Ainsi, instrument admirable, mais destiné à ne produire jamais que des œuvres ébauchées, la révélation infaillible des applications du devoir n'évitera pas à une seule de ces applications l'alliage fâcheux de quelque élément contraire à elle... Eh quoi! est-ce donc ainsi que Dieu procède? Supposer qu'il fait un moteur pour se mouvoir dans le vide, qu'est-ce, sinon s'amuser à une hypothèse ?

Mais, je le veux : ce moteur, parfait dans son mécanisme, existe, A quel moment fonctionnera-t-il? C'est ce que nous allons demander.

a pour tels ses amis et ses maîtres..... Leur idée du sftge n'était pour eux H qu'un idéal qu'il fallait s'efforcer de réaliser.

(RriTER, Histoire de la philos, ancienne; traduit par Tissot,

t. III, pag. 538 et 545.)

* a Quis potest dicere : Mundum est cor meum : purus sum à peccatoî»

{Prov,, chap. xn, S 1, ver». 9.) « Non est enim homo justus in terra qui faciat bonum et non peccet. » {Eccles.^ chap. vu, S 3, vers. 21.) — Addi Paralip., chap. vi, S 2, vers. 36.)

* C'est pour un juste imaginaire qu'on trouve, dans les Pensées de Joubert, cet emblème proposé : un chêne avec la devise : < Un rien m'agite^ et « rien ne m'ébranle, »

2% CONSaENGE £T SCIENCE DU DEVOIR.

5» Sens intime contredisant lui-même sa prétefition à r infaillibilité.

•Ici j'adresse à tous les hommes de bonne foi cette question : Ne vous est-îl pas arrivé très souvent de reconnaître, le lendemain, comme illicite, ce que, la veille, un premier mouvement vous avait fait considérer comme louable? et de reconnaît i'e le lendemain » comme louable, ce que, la veille, un premier mouvement vous avait fait juger illicite? puis de changer d'avis une troisième, une quatrième fois?... S'il en est ainsi, dites-moi, entre plusieurs inspirations successives contradictoires, comment discernerez-vous la bonne ?

300. Le raisonnement écarte V infaillibilité abso^ lue de V inspiration. — Nous avons vu les partisans de la puissance de l'inspiration demander où en serait l'homme, si, au lieu de l'étude lente et variable, il n'avait pas une aperception rapide, instinctive, des détails de la distinction du bien et du malP

Nous répondrons : Où en est l'homme, en supposant cette aperception rapide, instinctive?

Mettons-nous en présence des faits réels. L'inspiration spontanée ou réfléchie empêche-t-elle les œuvres pratiques de l'humanité de justifier trop souvent les larmes d'Heraclite ou les railleries de Démocrite ? (( La justice et la vérité, dit Pascal*, sont deux « pointes si subtiles, que nos instruments sont trop « émoussés pour y toucher exactement. S'ils y arri-

* Pensées.

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