‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 210 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V

moins paresseuses; comme si celles-ci, qui sont ses égales > avaient plus de moyens qu'elle de résoudre efficacement la difficulté !

324. Où est leur droit pour se croire plus autorisées? Dans leur nombre? Le nombre, résultat matériel, ne peut être un critérium de certitude. Quoi! se confier en lui pour la direction de la vie ? Effrayante pensée ! Si par aventure une majorité se formait, défendant à l'enfant le respect pour sa mère, la piété filiale devrait-elle disparaître?

325. Et comment l'autorité générale pourrait-elle conserver le prestige de l'infaillibilité ! Ne donne-telle pas sans cesse à ses affirmations précédentes d'éclatants démentis? Et, comme l'a dit très bien un auteur, l'histoire n'apparaît-elle pas comme « une c< succession de faits et non de principes*? «

Les nations, dans leur enftnce, n'ont-çUes pas admis, comme règle de leurs rapports, la légitimité de l'extermination? puis substitué l'esclavage à l'extermination? puis fondé, de nos jours, un droit des gens plus humain? — Pendant sept ou huit siècles, la conscience du législateur romain n'a pas cru contraire à la nature le pouvoir laissé au père d'ôter, en mourant, à ses fils, sa fortune entière, même quand il lavait acquise par leurs travaux. Pendant d'autres siècles, le droit coutumier de France a cru conforme à la nature de restreindre la faculté de tester, en assurant une part de la succession légitime, sous le nom de réserve, même aux collatéraux

*■ Âhrens, Cours de droit naturel (Introd., ch. i, $ 13).

les plus éloignés. Le Code Napoléon, prenant uu terme milieu , n'assure plus cette réserve qu'aux ascendants et aux descendants. — De ces trois décisions, laquelle est le produit pur de l'inspiration infaillible * ?

Chaque jour de la vie de l'humanité amène, suivant nous, à la place de l'erreur de la veille, une demi-vérité seulement. Prétendez-vous, au contraire, qu'elle atteint des résultats complets? Alors dites-nous, si vous le pouvez, à quelle minute précise de quelle année, l'humanité, barbare encore l'instant d'auparavant, s'est trouvée subitement illuminée de la plénitude des rayons de la science morale!

Que dis-je, l'humanité ! Dans un même siècle, les peuples qui la composent ne se trouvent pas d'accord. Parmi les législateurs d'une même époque, tel a continué à arracher aux accusés un aveu incertain par la torture , tel autre a flétri avec indignation celte cruauté. Lequel a bien lu la loi morale ?

326. Certes, grande est la valeur de l'autorité générale! C'est la valeur des leçons de l'histoire. Toute école de moralistes comme de jurisconsultes, de chimistes comme de physiciens, doit être historique. Toute science emprunte d'indispensables enseignements au passé, qui est un de ses trois aspects, (c His- « toria testis temporum, luxveritatis, vita memoriœj « magistra vitœ, scientia vetustatis est ^. » La patrie

^ c Lorsque, dit Locke, la mode avait rendu les duels honorables, on commettait des meurtres sans aucun remords de conscience; et aujourd'hui c*est un grand déshonïieur, en certain lieu, d'ôtre innocent sur cet article. »

• Cicer,, De orator^.

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