PARTIE in. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — ÉPILOGUE
dus une liste égale de tous les objets du devoir» la science morale est faite et non à faire. Une fois que la raison a creusé son lit jusqu'à cette conscience, que peut-elle, sinon s'y absorber, comme le fleuve dans r Océan? Chacun, abandonné aux conseils uniformes de ce guide, s'écriera : « Que parlez-vous de science par-delà la conscience? Par-deUi, il n'y a que l'abîme ! Faust téméraire, n'allez pas plus loin ! »
n. CONSÉQUENCE . pu SYSTÈME QUI VOIT DANS LA CONSCIENCE LA DÉTERMI- NATION, TANTOT ABSOLUE, TANTOT RELATTVE , DES OBJETS DU DEVOIR. — XXISTENCB PRÉTENDUE d'UNE SCIENCE PARTIELLE IMPOSSIBLE DU DEVOIR.
t Que dira-t-on qui soit bon?la chasteté? Je dis qiie
« non, car le monde finirait. — Le mariage? Non, la
« contineoce vaut mieux. — De ne point tuer? Non ,
« « car les désordres seraient horribles, et les méchants
• tueraient tons les bous. — De tuer? Non , car cela « détruit la nature. • (Pascal, Pensées.)
351. Tentative faite pour partager 352. Impossibilité de mettre en lutte
entre la conscience et la une demi-conscience et un«
science la réglementation des demi-science, . objets du devoir.
35 1 . On peut (nous Pavons vu plus haut) proposer une prétendue conciliation : la conscience, peut-on dire, est \m agent supérieur, dédaigneux de certains détails : à la science, agent inférieur, appartient le triage de ces détails, rebut de la conscience. — Celte opinion, différente de celle qui nous a paru prédominer dans l'ouvrage de M. Simon, trouverait cependant des appuis dans quelques passages de son livre, notamment dans la combinaison de cette proposition : c< La conscience ne nous oblige pas à une surveil- « lance minutieuse, inquiète ^ » avec cet aveu :
« On peut être parfois embarrassé entre deux den vairs ^ »
Ainsi» voilà un partage de juridiction à faire entre la conscience et la science»
352. Mais d'abord, y a*tril un juge supérieur chargé de faire ce partage?— Si ce juge existe, Fintervention de sa mission souveraine est bien compliquée. Ne ferait-il pas plus expéditivement en décidant chaque litige, au lieu de le renvoyer à l'une des deux autorités rivales? — Que si ce juge n'existe pas pour faire le règlement de compétence entre la conscience et la science, est-ce à elles qu'il appartient de se contrôler l'une l'autre? d'empêcher les usurpations réciproques qu'elles seraient tentées de commettre? Ce serait l'anarchie organisée. — Pour sortir d'embarras, donnons la suprématie à l'une des deux. Â la conscience? Soit. Alors, si c'est par son bon plaisir seulement que l'autre sera parfois appelée à délibérer, voilà une science dépourvue de toute indépendance comme de toute dignité ! . . . Et la conscience? Est-elle sauve dans ce système? Je ne sais trop. Quand appellera-t-elle la science à son aide? Quand elle reconnaîtra sa propre insuffisance? Hélas ! si elle la reconnaît sur un point, elle peut en craindre la possibilité sur tous. Voilà l'ange bien déchu! Il a perdu ses ailes, ou ne peut plus s'y fier. Si l'irréflexion, donnant à certains préjugés l'autorité générale, peut surprendre la religion de l'inspiration pour lui imposer le doute partiel, pourquoi ne lui iniposerait-elle pas, par aventure, le doute total?
< U Devoir.^ p. 424, etc.