PARTIE PRÉLIMINAIRE. — PROLÉGOMÈNES. -- LIVRE IL
Fentendre : l» les uns font du droit le corrélatif de tout devoir, c'est-à-dire aussi bien du devoir propre^ ment dit non sanctionné par le pouvoir social, que du devoir sanctionné, sous le nom d'obligation, par le pouvoir social; 2« les autres ne voient dans le droe7 que le corrélatif du devoir sanctiotinéi^nr le pouvoir social, du devoir indiqué sous le nom spécial d'obligation; 3<^ d'autres enfin appellent droit l'un des modes d'action du devoir. — Dans le sens objectif, on entend par droit, la collection de tous les devoirs et de tous les droits sanctionnés par le pouvoir social; et on distingue du droit la morale, collection des devoirs non sanctionnés par le pouvoir social.
Voilà le langage ordinaire. — Mais qui empêcherait un esprit logique d'étendre davantage le sens objectif du mot droit? d'y voir le synonyme parfait du mot direction ? d'y comprendre la direction individuelle, aussi bien que la direction sociale ? de faire ainsi de h morale une subdivision du droit?... Celte manière d'employer le mot droit serait, à notre avis, la meilleure. Mais c'est précisément la moins usitée.
Quoi qu'il en soit , voilà donc cinq sens possibles du mot droit *. Or, quel est celui que présentent ces locutions obscures : méthodologie, encyclopédie f philosophie du droit y introduction à l'étude du droit? Elles ne s'en expliquent pas* Ainsi l'œuvre d'initiation élémentaire annoncée par elles est en défaut dès la première Ugne.
1 1 . Ce n'est pas tout. Ces locutions se justifieraient
' Nous re?iendrons plus loin sur leur explication détaillée.
peut*étre au fond, si le mot droit y était pris dans le cinquième sens que nous venons d'indiquer. Mais précisément ce sens, nous l'avons dit, est fort peu en usage. 11 s'agit donc de choisir entre les quatre autres, plus restreints. — Alors, quelque choix que l'on fasse , au vice d'obscurité viendra se joindre un autre vice, riiiconvénient de paraître préjuger, d'une manière plus ou moins heureuse, les questions dont la discussion fait précisément l'objet principal des ouvrages de propédeulique. — S'agit-il en effet de prendre le mot droit dans le sens objectif qui le distingue de la morale ?. . . Eh quoi ! on semble donc annoncer, sanshésiter, que la morale doit être entièrement étrangère à la méthodologie, à Y encyclopédie, à \sl philosophie du droit, h Y introduction à ï étude du droit ^? — S'agit-il de prendre le mot droit dans un des trois sens subjectifs indiqués ci-dessus?... Alors pourquoi ne pas préférer au mot droit le mot devoir ?
12. Devoir ! voilà le mot générateur par excellence. N'est-ce pas mettre l'ombre à la place de la lumière, que de présenter en première ligne à l'égoïsme de l'individu Timage de ce qu'il peut demander à autrui, au lieu de présenter à la charité de l'individu, sur un plan plus avancé, l'image de ce qu'il doit à autrui?
* M. Cousin, dans soâ rapport au roi du 30 avril 1840, en demandant la création d'une chaire d'introduction à V étude du droit, laisse au moins douter, en ne nommant pas expressément la morale, sUl la comprend, ou non, dans les matières de ce cours. Voici comment il désigne ces matières : « Vue générale de toutes les parties de la science juridique ; otijet distinct et spécial de chacune d'elles.,,, leur dépendance réciproque et le lien intime qui les unit.,. Méthode générale à suivre dans l'étude du droit, avec les modifications particulières que chaque branche réclame. Désignation des ouvrages importants qui ont marqué les progrès de la science, »