PARTIE L *- mÉB DU DEVOUL -^ UVRE I
tùrrent de modalités ^! pas assez vite» cependant^ pour qu'en le voyant passer vous ne puissiez le décrire. Une lumière intérieure appelée conscience {mens sut conscia) ou conscience psychologique, éclaire les faits qui se déroulent en vous ^; ou plutôt cette conscience est comme le miroir sur 4equel tous se réfléchissent.
37. C'est elle qui, dans l'action d'ouvrir ce volume comme dans toute autre» vous donne, lecteur, une troisième idée, l'idée de grouper ces modifications sous les aspects divers de trois éléments de votre existence, sensibilité, intelligence, volonté libre. Ces trois parties de Pâme, observées séparément, semblent constituer en vous^ pour ainsi dire, trois êtres.
38. L'être sensible apparaît d'abord, muni d'instincts, d'appétits, de désirs, d'affections, de passions. Son activité consiste à éprouver fatalement des modifications agréables ou désagréables^ par le contentement ou le mécontentement que donnent au corps le bien ou le mal physique, à l'âme le bien ou le mal moral.
39. A côté de lui, voici l'être intelligent qui aspire à connaître. Que de trésors il croit apercevoir, mis à sa disposition pour seconder cette aspiration ! Il en fait le dénombrement. Chimères ou réalités, il les
• Expression de Tabbé de Lignac : « Sous ce torrent de modalités qui se « sont succédé en moi, je reconnais toujours un fond d'être invariable. »
a Manetidem fluminis nomen; aqua transmissa est. » (Senec.) Homo natus de muliere quasi flos egreditur, et conteritur, et fugit velut ombra, et nunquam in eodem statu permanet. (Job, cap.xiv, § 1, vers. 2.
* « Apparet domus intus, et atria longa patescunt. » (Virg.)
désigne par des noms. — Il appelle d'abord facultés de premier ordre : 1^ le sens intime ou la conscience, déjà nommée plus haut , faculté destinée à accompagner Fexercice de toutes les autres, à percevoir les phénomènes intérieurs, les forces qui les produisent et même l'existence entière de l'âme; 2^^ le sens externe ou la perception extérieure, qui constate les phénomènes extérieurs producteurs de sensations; 3* la mémoire qui, se souvenant « de l'oubli même S » poursuit l'identité du moi dans la succession des choses contingentées; 4» l'imagination, pouvoir magique d'associer les idées, bien plus, de les créer pour ainsi dire, en élevant la réalité imparfaite à la perfection d'un type idéal; 5^ la raison ou entendement, faculté supérieure à tous les autres, « qui a pour objet les vérités éternelles ^ , » entrevues sous les phénomènes passagers : la raison, appelée sens commun dans son état spontané , raison spéculative réfléchie dans la recherche attentive du vrai, raison pratique ou conscience morale dans la perception des premiers principes du bien , goût dans l'appréciation du beau, c'est-à-dire de la splendeur du vrai, comme dit Platon ^'. — En conlinuant d'analyser les idées des dons qui paraissent lui appartenir, l'intelligence classe encorC) au dessous des facultés du premier ordre, plusieurs fonctions de second ordre qui développent et doublent la force des facultés premières, comme le
* Fénelon, Existence de Dieu, part. !•
• Bossuet, Connaissance de Dieu, chap. iv.
' Voy, Bénard, Précis de philosophie (Psychologie, chap. iv).
PABTIB 1. 1- IDÉE DU DEVOIR. — UVRE h 57
télescope et le microscope rendent plus visible laforme des corps, savoir : 1« l'attention et la réflexion ; 2Ma comparaison, lien des idées; 3<> l'abstraction, qui sépare les propriétés de leur sujet, les propriétés entre elles et chaque propriété du tout ; 4«» la généra* Usation, qui saisit les ressemblances et les réunit dans une notion commune; 5*^ le jugement immédiat, affirmant une proposition ; ô*" le raisonnement, tirant d'un jugement connu un second jugement inconnu, par Tîntermédiaire d'un troisième *.
40. Enfin à côté de l'être sensible et de Têlre intelligent, semble se mouvoir en vous un troisième être, celui qui veut librement, c'est-à-dire qui choisit, par une détermination intérieure indépendante, les résolutions qu'il lui plait ou non d'accomplir.
41. L'idée des trois éléments de notre âme, sensibilité, intelligence, volonté libre, peut ainsi longtemps, par la contemplation de leurs caractères opposés, amuser notre curiosité. Toutefois il faut qu'elle fasse place à une autre. N'est-ce pas par abstraction que nous avons séparé provisoirement trois fractions d'un tout indivisible ? Par-delà cette abstraction , une pensée plus générale ne va-t-elle pas reconstituer l'unité, en montrant la sensibilité, l'intelligence, la volonté, se combinant par des actions et réactions réciproques? Oui, et c'est dans une de ces combinaisons, dans l'action de l'intelligence sur la liberté, que va surgir l'idée qui fait l'objet de nos études , l'idée du devoir. Voyons comment.
* Bénard, Précis de philosophie (Psychologie, chap. iv).
42. Chacun de nous, par tout usage de sa volonté, parait produire des modifications sur lui-même et sur les autres hommes. Puis, à côté de nous et de nos semblables, sont d'autres êtres. Les uns, les animaux, paraissent souffrir de nos actions ou de nos abstentions à leur égard. Les autres, plus inertes en apparence, mais ayant également leur raison de subsister, semblent pouvoir, par nos actions ou nos abstentions, être altérés ou maintenus dans la destination qui leur est propre. Ce n'est pas tout. Des rapports peuvent être supposés existants entre le Créateur et la créature. S'il garde quelque sympathie pour son œuvre, toute manière de se comporter que suit un être libre doit avoir, aux yeux de cet architecte suprême, des effets désirables ou fâcheux, en influant sur quelque partie de l'ensemBle.
Sur quelque partie de l'ensemble je me trompe.
Comprenons bien que l'ensemble de la création étant précisément la résultante des rapports combinés de toutes ces parties, nul de ces rapports ne semble pouvoir être atteint sans toucher par contre-coup à tous les autres. — Par les modifications produites sur luimême, chacun de nous, en se causant plaisir ou douleur, ne cause-t-il pas nécessairement, d'une manière médiate ou immédiate, un contre-coup de plaisir ou de douleur pour d'autres êtres? — Par les modifications produites sur d'autres êtres, chacun, en causant à ceux-ci plaisir ou douleur, ne cause»t-il pas nécessairement aussi, d'une manière médiate ou immédiate, un contre-coup de plaisir ou de douleur pour lui-même? — Vous venez, lecteur, d'ouvrir ce livre. Il