‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 39 sur 301 · PARTIE I. — IDÉE DU DEVOIR. -- LIVRE L OS · texte numérisé non relu

PARTIE I. — IDÉE DU DEVOIR. -- LIVRE L OS

excite eu vous quelque intérêt (plaisir), ou quelque ennui (douleur). Or, par cet emploi donné à une des heures de votre vie, un «utre emploi n'a pas eu lîeu. Le résultat ne peut être sans importance, au point de vue de la douleur ou du plaisir d'autrui. A cent pas de votre maison habitent, je suppose, deux de vos amis, tous deux frappés par quelque chagrin. L'un aime mieux pleurer dans la solitude, l'autre a besoin d'entendre des paroles consolantes. Au lieu de lire ces pages, vous auriez pu augmenter par une visite inopportune l'affliction du premier, ou par une consolation désirée relever le courage du second. Faisons, si vous le voulez, toutes autres suppositions. Vous pouviez employer cette même heure à enclore une ruche ou à la brûler, à greffer votre arbre ou à l'abattre, à construire quelque funeste sophisme ou quelque ingénieux système.

Ce qui est vrai de l'action d'ouvrir ce livre est vrai de toute action et de toute abstention. Notre pensée aperçoit, dans le fait comme dans l'oubli le plus insignifiant en apparence, la possibilité de conséquences complexes, apportant service ou préjudice à l'ordre entier des choses. Étrange solidarité ! responsabilité immense, bien propre à susciter la gravité de nos réflexions ! Quoi ! Rien d'improductif ! tout exercice de mes facultés a pour effet immédiat de produire un germe de maladie ou de santé pour mon corps, de bonne ou de niauvaise habitude pour mon âme. C'est peu ! Il produit pour autrui un mal ou un bien présent, engendrant à son tour des séries illimitées de biens ou de maux dans un avenir indéfini. Si je mar*

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che, une foule d'êtres sont écrasés. Si je respire, ils sont étouffés. Je donne un conseil : va-t-il sauver ou perdre une âme, et, par une contagion heureuse ou fatale, faire passer de oette âme à mille autres le principe qui purifie ou celui qui corrompt? Voyez ce médecin habile ou inhabile : l'enfant malade dont il tient la vie dans ses mains, est peut-être appelé par son génie à changer la destinée du monde ! Voyez ce roi prudent ou ambitieux : ses ordres vont régénérer son peuple, ou ses armées ravager la terre! Ce savant : il va inventer la boussole , Timprimerie ou le télégraphe électrique , ou , comme celui que Gœthe nous représente, découvrir peut-être un gaz qui décomposera l'univers! — En un mot, voyez ce milliard d'hommes répandus sur la terre : nul d'^entre eux ne peut faire ou éviter un mouvement, sans produire sur les autres, sur lui-même et sur l'Etre infini, des effets dont le nombre fatigue et défie la pensée *.

43. Eh bien ! puisque tout choc des actions et des abstentions qui s'entrecroisent nous apparaît comme produisant, pour les autres êtres et pour nous, service ou préjudice, alors, si nous sommes libres, nous avons à nous demander comment doit peser, sur le maintien ou la violation de l'ordre général, la part de liberté qu'il a plu au Créateur de nous départir. D'Âssas a le

i « Rien ne subsiste isolément dans Tunivers, ne s^appuie sur soi, ne se nourrit de soi ;

« La vie, dans sa condition première, est un sacrifice, une communion perpétuelle et universelle.

« Qu'est-ce que vivre? Recevoir. Qu*estKîe que mourir? Donner. »

(Lahbnmais.)

« Ubicumque homo est, ibi bénéficie locus est » (Senec.)

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