PARTIE n. — FOI AU DEVOIR. — LIVRE I
En d'autres ternies, sous les idées nécessaîi^es signalées ci-dessus par nous comme les formes mêmes de rintelligence , existent les principes nécessaires , dont elles ne sont que la représentation. De l'apparition du signe se conclut la réalité de la chose signifiée. Ainsi, par exemple, l'esprit qui aperçoit cette idée, tout fait a une cause, admet comme vérité que tout fait a une cause.
Les principes nécessaires ne sont pas seulement généraux, ils sont universels * . Apparaissant à propos de tous faits particuliers, mais n'en résultant pas, ils sont dans la raison mais non à elle. « Elle n'en est pas juge ^, » puisque « elle ne juge que par eux '. » Ces principes, « qui se sentent comme les propositions se « concluent^, » doivent être acceptés résolument. En eux est Yultima ratio de la logique humaine. Confiance entière en leurs révélations! ce sont, nous le verrons bientôt, les attributs absolus de Dieu ; disons mieux, « c'est Dieu lui-même, diversement aperçu suivant les divers rapports que nous lui attribuons avec le monde*. »
1 Les principes universels et nécessaires se distinguent des « vérités gé- « nérales qui s'appliquent seulement à un plus ou moins grand nombre de • cas. » (Cousin, Le Vrai, le beau, le bien, 1" leçon.)
■ Cousin, Le Vrai^ le beau, le bien^ !'• leçon.
Gomp. Bossuet, De la Connaissance de Dieu, chap. iv, S ^ •' « L'homme, € par ces vérités, se juge lui-môme... ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent. »
« Cousin, Le Vrai, le beau, le Uen, !'• leçon. ' « L'homme peut dire : Ma raison. Rendonsrlui cette justice qu'il n'a < jamais osé dire : Ma vérité.*» {Le Vrai, le beau, le bien, k^ leçon.)
* Pascal.
^ Jules Simon, Le Devoir,
Maro-Âurèle appelait la raison « cette partie de la Divinité qui a son
99. Deux mots sur l'histoire de l'analyse de la raison. — Platon avait dit : a qu'il n'y a point de (( science de ce qui passe S qu'il faut chercher l'être (( non pas par le témoignage de nos sens qui ne s'aa dressent qu'au variable , mais par une faculté qui « perçoit l'invariable ^. » — Aristote, réagissant contre lui et l'accusant à tort d'avoir donné par les idées innées une existence substantielle à l'abstrait, fut, à l'inverse, accusé faussement de tirer des sens seulement toute connaissance. — Le monde philosophique s'est, depuis ce temps ^ partagé entre ces deux grands maîtres, bien ou mal compris. Saint Augustin reproduisit Platon, saint Thomas essaya de concilier saint Augustin et Aristote. Ce dernier £;arda longtemps l'autorUé.
L'union de sa philosophie et de la scholastique menait l'humanité au doute. Descartes voulut l'arrêter sur cette pente. Il y réussît djautant mieux d'abord qu'il attaqua le scepticisme partiellement. Il faut le reconnaître, sa méthode le réduisit à accepter au moins un fait incontestable : Je pense , donc j'existe. Mais elle lui rendit des armes , en voulant établir sur ce fait d'autres principes par une série d'argumentations dont ils n'ont pas besoin.
(( Être fini, j'existe, disait Descartes, donc par la loi « des contraires l'Être infini existe.... L'Être infini
« temple au dedans de toi... ce génie que Dieu a donné à chacun pour « guide et pour gouverneur. » — Socrate écoutait la voix de son démon.
* Saint Augustin appelle plus exactement ce qui passe « les choBe» qui < sont moins, qui, comparées à Dieu, ne sont pas, »
* Tennemann, Manuel de l'histoire de la philosophie, S 192.