PARTIE U. — FOI AD DEVOIR. — UVRE I
c< existe; donc le monde extérieur existe: car la véracité <c deTÉtre infini ne fait pas jouer, pour nous tromper, ce la fantasmagorie d'un spectacle imaginaire. . . • » Voilà un procédé semblable au procédé mathématique qui, de la connaissance de certaines parties d'un triangle, fait sortir la connaissance des autres. Il n'est pas bon dans Tordre philosophique. Il fait reculer au lieu de faire avancer. Comment conclure du fini à l'inGni, sans avoir le sentiment préconçu de l'infini? Comment conclure de l'existence de l'être infini à ses perfections, entre aulres à sa véracité, sans avoir le sentiment-préconçu des perfections de l'Être infini? Ainsi cette argumentation suppose des actes de foi préalables dans lesquels elle s'anéantit. — Inutile, elle devient dangereuse. Soumettre d'indispensables vérités à un moyen de preuve impuissant à les donner, c'est les compromettre. Tel fut, à notre avis, le tort de la philosophie de Descartes. Résultat inattendu! destinée à écarter le scepticisme, elle contenait le germe du retour au scepticisme. Ce germe s'est développé, et l'on en est revenu au défi d'objectiver le subjectif*.
* Nous retrouvons le contre-coup de la timidité trop grande de Descartes dans les travaux de la prudente école écossaise, apportant dans l'étude de la philosophie ce que les uns ont appelé modestie, et les autres paresse de la raison. En transportant dans les sciences de l'esprit, comme unique moyen, l'observation des faits, elle arrivait à nier la possibilité de la connaissance des choses inobservables. C'était imprimer une réaction trop forte, et, comme dit M. Jouffroy (préface des Œuvres de Reid], faire un saut de douze pieds pour franchir un fossé de dix. Elle n'a pas été conséquente avec elle-môme en revenant à la théodicée.
Nous retrouvons ce môme contre-coup dans là philosophie de Kant, protestant contre les prétentions dfî la raison à méconnaître et dépasser les limites de sa subjectivité, et la comparant, si elle l'ose, c à un banquier qui « prendrait des billets rangés avec ordre dans sa caisse pour des vafburs « réeU«k » « S'attachaot, dit Rixner (t. III, p. 30), à la pensée, Jusqu'à ne
Leibnitz, Fénelon, Bossuet ont maintenu d'une manière plus ferme les opinions de Platon et de saint Augustin sur la réalité de tous les principes nécessaires. Mallebranche les a exagérées en ne faisant plus delà conscience qu un témoin qui voit tout en Dieu. De nos jours, on adopte assez généralement la pieuse philosophie qui croit à la réalité de ces principes *. On place, avec Reid, parmi ces principes, celui de la croyance à la vérité de ce que la raison voit, et celui de la croyance à la véracité de la faculté de voir. « En (( attendant que Dieu nous ait accordé de nouvelles « facultés pour juger les anciennes , » tout penseur s'écrie volontiers hardiment : Je suis , parce que je le sens. Le monde est, parce que je le vois. Dieu est , parce que je le conçois. Dira-t-on : « C'est re- « noncer à la science? Non, c'est seulement la défice nir*.» Sinon que faire? «Il n'y a pas de raisons à
« plus saisir qu'elle... la philosophie mtique est demeurée une philosophie « négative. » M. Cousin l'appelle un scepticisme raffiné, classant seulement les phénomènes, sans avoir foi à la vie des lois qui les produisent. M. Simon (dans son ouvrage intitulé Le Devoir) la combat éloquemment.
Nous regardons aussi comme produits indirects du cartésianisme le tour de force de Locke représentant Thorame comme une succession d'êtres re. nouvelés sans cesse, et faisant sortir de là ces deux propositions : 1*" Les idées apportées par la sensation sont les objets de la connaissance ; 2" Elles sont aussi la borne de la connaissance. — Le nihilisme de Berkeley développant la première de ces deux propositions, celui de Hume développant la seconde, puis l'observation incomplète de Gondillac qui confond l'élément et l'instrument de la sensation , enfin la théorie de Fichte qui recule la limite du moi jusqu'au cercle de l'horizon qu'il aperçoit, nous paraissent venir encore de la philosophie de Descartes.
i Comparer, dans ce sens, les théories de Jacobi, de Krause, analjrsées par Tennemann, Manuel de l'histoire de la philosophie.
• Dans la connaissance , ce qu'il y a de plus beau et de plus vrai est bon « de l'expérience. » (Joobert, Pensées.)
s Simon, Le Devoir, partie IIL
« Quand l'imagination compose des êtres fantastiques, elle les forme par