‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 88 sur 301 · PARTIE n. — FOI AU DEVOIR. — UVRB IV · texte numérisé non relu

PARTIE n. — FOI AU DEVOIR. — UVRB IV

suadé que la valeur du soldat est pour quelque diose dans le gain de la bataille * ?

143. Et que dirons-nous du sentiment religieux? Il démoDtre invinciblement la liberté. M. Jules Simon dit éloquemment ^ : « Je ne puis pas prier, si je ne (( suis pas libre. Les temples, sans la liberté, sont (( un solennel mensonge où nous promettons à Dieu « de lui donner une obéissance qui ne dépend pas de (( nous. ))

144. Le même auteur fait justice de l'argument du fatalisme qui présente le choix prétendu du libre arbitre comme la victoire du motif le plus fort de détermination. Soutenii' cette hypothèse, c'est conclure de la nature fatale de la cause dans Tordre physique, à lu nature fatale de la cause dans Tordre moral. Or qu'est-ce que cela, sinon faire un cercle vicieux en supposant l'identité des lois physiques et des lois morales, ce qui est précisément en question? D'ailleurs si la consommation d'un acte démontre qu il n'a pas été libre, il faut, pour être conséquent, nier la liberté de Dieu même, et dire qu'il a cédé au motif le plus fort en tirant la création ex nihilo. Qui osera argumenter ainsi? — Enfin on répond encore victorieusement en montrant, dans le sens intime, la conviction du pouvoir que nous avons de choisir entre deux motifs qui paraissent égaux en puissance, de nous décider

< En niant la liberté, on a, il est vrai, Tavantage d'absoudre les tyrans ;

• mais on dégrade les héros. Ils ont donc combattu et ils sont morts pour

• une chimère! » (Coosm, Le Vrai, le beau, le bien, 2* leçon.)

< Le Devoir, partie I.

|«B G0N8GIENGB ET 8CIEIIGB DU DEVOIR.

ccmtre les motifs les plus puissants, de préférer le parti de l'absurdité, du crime, du suicide même ^.

i4S. A robjection qu'on tire de la toute-puissance de Dieu en disant : Cette toute-puissance existeraitelle si notre liberté pouvait lui résister?... nous répondons comme nous avons répondu aux panthéistes, savoir : L'homme a l'idée nécessaire de Dieu, mais non la compréhension de sa nature. Que la raison s'humilie devant ce qui la dépasse ! Non immittut comua ad ventilandum, sed submiltat caput ad venerandum -. C'est folie à elle de construire sur la substance de Dieu des hypothèses, pour le seul plaisir de contredire le fait de sens intime appelé la liberté.

146. A l'objection qui se formule ainsi : La prescience de Dieu existerait-elle si notre liberté pouvait la démentir?... même réponse. Incompréhensibilité de la prescience de Dieu inutilité de faire des hypothèses. — Au surplus, veut-on en faire? On en trouvera qui s'accorderont avec la liberté. Il suffira de changer le mot prescience de Dieu en un autre mot, om^ niprésence de Dieu. La notion du temps contient la divisibilité, donc ne convient qu'aux êtres finis. Dieu, a-t-on dit, voit et ne prévoit pas. Dieu, « actualitas ùmnium rerum^ » n'a pas d'histoire. Il n'a pas été so-

* « Je cède toujours au motif le plus fort? — Je le crois bien, puisque « vous appelez le plus fort celui vers lequel j'incline. Nous tournons là dans « un cercle vicieux. — Je cède à ce motif parce qu'il est le plus fort ? Et « si jfe prétends, moi, qu'il est le plus fort parce que j'y cède ? » (Ou plutôt parce que ma volonté l'a rendu plus puissant?)

(Charma, Essai sur les hases de la moralité^ chap. xn, $ 3, pag. 126.)

* Saint Anselme {Notice biographique sur saint Anselme^ par Bl Charma, pag. 126).

> Saint Thomas d'Aquin.

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