PARTIE n. — roi AU DEVOIR. — LIVRE IV. f«T
Ktaire avant d'avoir été créateur, pour redevenir ensuite solitaire. Tout existe en même temps pour lui. Nos déterminations ne se trouvent pas, vis-à-vis de son omniprésence, dans un état d'antériorité ou de postériorité.
Subsidiairement , disons avec Bossuet t « Si nous « avions à détruire la liberté par la Providence, ou la « Providence par la liberté, nous ne saurions par où
« commencer La première règle de notre logique,
« c'est qu'il ne faut jamais abandonner les vérités une tt fois connues, quelque difficulté qui survienne quand « on veut les concilier; maïs qu'il faut, au contraire, « pour ainsi parler, tenir fortement les deux bouts de « la chaîne , quoiqu'on ne voie pas toujours le mi- « lieu par où l'enchainement se continue ^ »
147. Croyons donc fermement qu'entre la raison illuminée par les vérités étemelles, et la sensibilité ébranlée par toute sensation, la volonté libre existe, qu'elle est le caractère essentiel de l'être humain. La conscience reçoit de la raison cette attestation. C'est à cause de la souveraineté de la liberté sur les désire, qu'un langage universellement adopté donne aux hommes le nom de personnes, en laissant aux êtres non libres celui de choses.
148. La liberté existe, donc le devoir existe. — Liberté, devoir : mots corrélatifs. Dire et penser le mot liberté, c'est dire et penser le mot devoir. Dire et penser le mot devoir , c'est dire et penser le mot liberté. Il y a équation mathématique dans ce raison-
' Bossuet, Traité du libre arbitre.
i» CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.
nement de Kant : « Je dois obéir à la loi morale, donc c< je puis lui obéir, donc je suis libre, » comme il y aurait équation mathématique dans ce raisonnement retourné : « Je suis libre, donc je puis obéir à !a loi « morale, donc je dois lui obéir *. » — Le Créateur luimême n'eût pu séparer la liberté et la loi morale. c< Lorsqu^il trouva à propos de produire un animal c( qui devait être gouverné par les lois morales, c'est- Ci à-dire Thomme, il mit dans son âme la volonté, » et il enfanta ainsi les êtres moraux a pour mettre « quelque ordre , quelque convenance , et quelque « beauté dans la vie humaine^. »
*■ n nefaut pas dire avec Eschbach {Cours d^introduetion, pag. 09) : c Hai/- « 6HÉ SON INDÉPENDANCE, Vkomme Bst soumis à des devoirs.» Il faut dire: A CAUSE DE SON INDÉPENDANCE. — « L'HellespoQt, frappé de coups de fouet par « Xerxès en démence, ne lui obéira pas, » dit Cumberland {De legibus naturœ^ chap. v, § 5). Pourquoi? Parce que THellespont n'est pas libre. — «In « equis in leonibus (dit Cicéron), justitiam, sequitatem, bonitatem non « dicimus. » {De officiis).
* Puffendorff , Droit de la nature et des gens (liv. I, chap. i et chap. ly).
< Fieri non potest ut ab actionibus nostris liberis harum moralitas sepa^
« retur Quantitas moralitatis actionum a quantitate libertatis. »
HPASiïBB^Institutionesjurisprudentiœuniversalis, cap.i, $69; cap. it,S162.}