PARTIE IL --^ FOI AU DEVOIR. ^ UVRB V
aurait-elle pa enchaîner, par cette aliénarion, la génération suivante ' ?
163. Troisièhe système. — Devoir confondu avec l'ordre arbitraire créé par V autorité. — Entendonsnous d*abord sur le mot autorité. Si l'on veut désigner l'autorité des législateurs humains , ce troisième système se confond avec les deux précédents. Les législateurs humains sont supposés avoir pris l'autorité par la force, ou l'avoir reçue de la convention.
164. Mais si l'on remonte jusqu'à l'autorité divine, alors se présente une théorie à examiner. Cette théorie fait du devoir la volonté arbitraire de Dieu.
Ânaxagore disait, Gerson a répété : c< Dieu ne veut « pas certaines actions parce qu'elles sont bonnes*, c( mais elles sont bonnes parce qu'il les veut; de « même que d'autres sont mauvaises parce qu'il les « défend^. » Barbeyrac' se rapproche de ce sentiment, qui constitue une des subdivisions du mysticisme. M. de Donald s'en est inspiré dans cette définition : c( La loi est la volonté de Dieu et la règle de c< l'homme. » — Pour soutenir ce système, on commence par poser ce prétendu principe, c< qu'on ne c( peut se tracer à soi-môme une obligation^. » On
« Voir dans Comte, Traité de législation (liv. I, chap. vi), la réfutation du système du Contrat social,
* Dictionnaire des sciences philosophiques, t. U. (Article de M. Jourdain sur Gerson).
3 Voir les remarques de Barbeyrac sur le petit ouvrage de Leibnitx : Monita quœdam ad Puffendorffii principia,
*• Barbeyrac, loc. dt,
<c Nemo sibi débet. Hoc verbum debere non Kabet nisi inter duos locum.»
(Sbmec.)
CœfSCIENCB ET 8GIBNGE DU DEVOIR.
applique d'abord ce principe à Thomme en disant que
sa raison c'est lui-même, qu'ainsi elle ne peut rien lui ordonner. On le force à remonter à la volonté d'un supérieur, donc à celle de Dieu, pour trouver le fondement de Tobligation. Cela fait, il faut s'arrêter. En effet, Dieu, en face de lui-même et « dans son éternelle génération ne pouvant se diviser en supérieur et en inférieur n'a point de loi proprement dite*, » si ce n'est celle de sa volonté. 165. Nous répondons avec Leibnitz : « Étrange maxime de ceux qui, fondant toute obligation sur la contrainte, prennent la puissance pour la mesure du droit ^ ! » — ce On ne peut pas plus soutenir que la justice et la bonté dépendent de la volonté divine, qu'on ne peut dire que la vérité en dépend aussi : paradoxe inouï qui est échappé à Descartes! Comme si la raison pourquoi un triangle a trois côtés, ou pourquoi deux choses contradictoires sont incompatibles, ou enfin pourquoi Dieu lui-même existe, c'était parce que Dieu Ta ainsi voulu ! Exemple remarquable qui prouve que les grands hommes peuvent tomber dans de grandes erreurs^. »
Mais, dira-t'on, les lois morales ne sont que paFce que Dieu est. Eh sans doute ! Comme celles de l'élec-
* M. rabbé Bautain, Philosophie morale (t. Il, partie théorique^ chap. m, S 33).
s Leibnitr, Thiodicée (préface).
« Fonder le bien sur l'obligation au lieu de fonder Tobligation sur le bien, * c'est prendre Teffet pour la cause, c'est tirer le principe de la consé- « quence. » (Gousm, Le Vrait le beau, le bien, W leçon.)
3 LeibniU, Monita qucedam ad Puffendorffii principia.