‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 103 sur 280 · PARTIE ni. — CONSCIEP^CE DU DEVOIR. — LIVRE I. i&i · texte numérisé non relu

PARTIE ni. — CONSCIEP^CE DU DEVOIR. — LIVRE I. i&i

Comment le croire?. . • J'apprécie, suivant mes goùls particuliers, les éléments de mon bien-être. Vous faites de mémo. Mais il n'y a pas part pour nous deux!... Et vite aux armes*! puisque la justice, suivant Texpression de Garnéade, n'est plus que « la sottise suce préme d'un homme désireux du plaisir d'autriii et « oublieux du sien * !» — Oui, mais la réaction viendra punir celui qui aura triomphé par les armes. Contre tout égoïsme satisfait, représailles de Fégolsme vengeur'. Chacun, tour à tour tyran puis victime, aujourd'hui moucheron vainqueur du lion, trouvera demain la toile d'araignée pour expier sa victoire. — Au lieu de la conservation désirée , quel sera le résultat? L'e^ermination.

Puis, obligé de tout conquérir par lui-même, sans pouvoir centupler ses forces par l'assistatice bienveillante de 6es semblables, chacun n'obtiendra que les plus minces résultats. « Il offrira, au sein de Funi- « vers, l'efBrayant assemblage d'une convoitise illi- « mitée et d'une impuissance infinie *. » — Au lieu du perfectionnement souhaitable, que verrons-nous apparaître P La dégradation. « Quand chacun est son « propre centre, tous sont isolés. Quand tous sont « isolés, il n'y a que de la poussière. QuaDd Torage « arrive, la poussière est de la fange ^. »

' « Nomqviid ambulabunt duo pariter, nisi conyenerit eis. »

(Amos, chap. UI^ vers. 3.)

« Cic, Rep., lib. ni. — Lactant., Div, Instit.^ lib. V, cap. xvi, no» 3, A.

s Formidandœ... tôt ultorum manus. (Gumberiand, De legib, naUirœ.)

* Louis Beybaud.

s BeQJamin Constant, De la religion (préface).

Enfin y si la devise de Brennu^ y vœ victis 1 deTÎent la lègle de la vie, alors la jouissance sans sécurité, les jours sans repos» les nuits sans s(»nmeil passées à faire sentinelle pour garder de périlleux Irésorsi ne pi^duiront plus qu'une succession de sup^ plices. — L'intelligaice, la volonté, la sensibilité elle^ mêfoe^ impuissantes pour avoir trop demandé, au Ueu do bonheur à obtenir, que pourjront*elI^ réaliser? lie malheur M y

. Croire qu^ le prétendu équilibre des fbrces des égoïsmes suffirait pour constituer un ordre, c'est croire que la main d'un enfant, en secouant les verroteries du kalti'doscope, produira un résultat possible à prévoir; c'est lancer sur la mer un vaisseau sanâ ranies ni voiles, sans boussole ui pilote, et lui d<^ner pour ^uvemail le mouvement lui-même des flots mêlant perpétuellement leurs tourbillons. (( Où tout le monde « veut être libre, tout le monde est esclave, >> dit un jorateur sacré* La contre^partie de cette proposUion e^t dans cette phrase de Montesquieu : « L'homme a n'est jamais plus libre que quand il assujéfit ses passions à la raison ^. » --Si la sensibilité ne peut di* riger l'individu {Voir, ci-dessus, n^ 45), la lutte des sensibilités ne dirigera pas les individus réunis.

î « Qu*est>-ce que les peines? Des désirs qui surpassent nos forces. Les « Orientaux racontent qu'Oromase apparut au vertueux Osbecjc, et lui dit : I Fonne un souhait, je Taccomplirai. — Source de htmiôre, répondit le < sage, je te demande de borner mes désirs aux seuls biens dont je ne puis a manquer, » (Droi, E$9ais êur Vart à' être heureux, chap* i*)

3 « Beo parère summa Hbertas est,.» a dit Spinosa. Il faut retenir cette belle parole, mais sans lui donner la portée fataliste qui rés.ulte dUipan-* théisme de l'auteur.

PART» UL - G(^SGIEP«:E DU DEVOIR. -^ LIVRE L |g7

180. Là division tripartite des dévouas est 0(»i8acrée. 11 ne faot pas la contester. Mais nous voulons réclaircir, en disant remarquer qiie les trois classes de devmrs ne se prés^itent pas isolées Tune de l'autre. Tmit devoir réunit ^ dans une proportion plus ou moins inégale, les trois aspects qui nous moùtreat Dieu, autrui et nous-mêmes. Eii effet (nous l'avons expliqué plus haut, n^ 42), puisque toute acti<m ou abstention produit à h fms un résultat matériel fâcheux ou déisirtl^e dans lâs fî) ([porte de l'agent avec Dtôu, aveo hib-mèaie , ' aVee autrui^ ees trois mêmes aspects corréktcfs: ne peuvent pas ne pas se retrouver indivisihlemenl; confondue dans l'aj^réciation dé la nature licite ou iUidte de l'action ou de Tabstcniion*

181. Et d'abord il y a, dans tout devoir rem[^ envers autrui, un devoir rempli enTers iK>usHiiémeA. Quand je conserve votre vie, je conserve un instroment en état de servir à l'œuvre qui doit me profita comme à vous ^

182. De même, il y a dans tout devoir rempli envers moi-même une portion de devoir rempli envers autrui. Quand je conserve ma vie, je conserve un instrument en état de servir à l'œuvre qui doit vous profiter cOTameàmoi. — « Ilfaut vivre par goot (( science, » dît énergiquement M. Damîron. « Ilfaut^ « dit Tissot, nous Satire moyen pour nos semblable9, u afin qu'ils se fassent moyens pour nous^. » C'est

* « C'est toujours pécher contre soi que de violer les devoirs qui nous « lient «ax autres, v (D'Holbach, Morale universelle, section l, chap. vi.)

* Ethique»

168 GONSaENCE ET SGIENCe DU DEV<HR.

ainsi que les devoirs les jdus vulgaires de Thygiène sont, aux yeux de la logique exacte, des devoirs envers autrui bien autant qu'envers nous-mêmes. Â plus forte raison, les exciès qui produisent les maladies, la mutilation vokmtaire pour s'exempter du service militaire, le duel ^ sont des fautes envers autrui^. C'est par là surtout que le suicide est un

crime '.

J^ai vu pourtant des moralistes essayer d'isoler du devoir envers autrui le devoir envers soi-même. Le devoir envers soi-même subsistei^it, disent-ils, pour un honmie, « alors même que cet homme cesserait (c d'être eai rapport avec les autres*. » Dans Fisol^ ment le plus complet, ajoute-^t-on, le suicide ne lui serait pas permis* — Nous répondons : Le suicide est défendu, parce que la supposition de la cessation des rapports d'un homme avec les autres êtres est mathématiquement impossible.^ — Qu'on nous dcmne , si ron peut, des exemples de cette supposition ! les

' « Par une palette de sa&g, rhonneur est satisfait. Cette palette 4e « sang fait d'un gredin un honnête homme^ On ne sait si on doit rire de « tai^t de folie ou en pleurer. » (J. Simon , Le Devoir, part. IV, chap. u.)

« Tissot, Ethique, pag. 143, 145, 219, etc.

Nous ne comprenons pas cette phrase de M. Cousin : « Les relations Jes « plu» constantes que je soutiens sont avec un être qui est moi'^nôme. • {Le Vrai, le beau, le oien, 18« leçon.) — Nous comprenons encore moins cette autre phrase : « Le gouyemement ne peut jévir contre le mensonge, • l'intempérance, Timprudence, la mollesse, Tayarice, l'égoîsme, «non « quand ces vices deviennent préjudiciables à autrui. » — Dans quel cas peuveHt4te ne pas être pr^udiciables à autrui?,....

' « n y a plus de constance à user la chaîne qui nous tient qu*à la « rendre, et plus d'épreuves de fermeté en Regulus qu'en Caton. »

(MoNTAiGNB, Essais, liv. n, chap. iil)

* Cousin, Le Vrai, le beau, le bien, 15« leçon.

PABTIB m. ^ G0NSGQ9IGfS DU DEVOIR. — UVRE I. Id9

tFOOvera-t-<m dans Vhistoire d'UgoIiD , deRobinson, dePhiloctète? Ugolîn, Robinson, Philoctète ne peuvent avoir la certitude de n'être pas déKvrés. — Quand cette certitude serait possible, un homme est en rapport non seulement avec ses contemporains , mais avec (^ux qui sont morts avant lui, et avec ceux qui vivront après hii *. Ugolin peut prier «pour ses enfants morts les premiers, et ensevelir pieusement leurs restes. Robinson peut bâtir un abri pour un autre naufragé que le vent jettera quelque jour dans son fie. Puis Texemple du courage, laissé comme leçon à la postérité, n'est-ce donc rien? Et enfin la résignation de ces hommes à leur sort, en expiation de leurs fautes passées, ne peut-elle pas être un perfectionnem^it moral, une augmentation de leurs forces et de leur dignité, pour Taccomplissement de devoirs inconnus qui peuvent les attendre, après la mort, envers d'autres êtres*?.... Dans quelque supposition que ce sdt, c< on n!est point innocent quand on nuit à soi- « même '. »

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