‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 111 sur 280 · PARTIE m. — GOIISC^GS DU DEVOIR. — LIVRE L · texte numérisé non relu

PARTIE m. — GOIISC^GS DU DEVOIR. — LIVRE L

la rédamatioo légitime ou raban<ik)Q légitime de ce qui lui est dû. Ces idées ont généralement cours.

Nous les rejetons, lecteur. A notre avis, le droit, engendré par le devoir, est lui-même un devoir de plus. Le droit est le devoir de faire respecter notre devoir.

191 . Dans les heures d'égoïsme, quand vous dites : foi un droite vous croyez apercevoir une autorisation que la raison vous octroie de demander ou de ne pas demander, suivant votre gré, certains services à autrui, et de lui imposer ou de ne pas lui imposer certains préjudices. Et cette permission vous apparaît comme un résultat actif précieux, fort distinct du devoir, résultat passif pénible. — Mais viennent les heures saintes de la réflexion ! Alors vous procéderez autrement. Vous commencerez par confesser vos de* voîrs. Vous en ferez la liste ; et vous vwrez surgir cette grande vérité, trop oubliée par les passions humaines : Nul na de droits que parce qu'il a des devoirs^.

Et d'abord cette vérité est évidente, quand le prétendu droit réclamé par nous contré autrui, n'est que le mode d'action de notre devoir direct envers autrui. Dans ce cas, le mot droit s'efface entièrement. Que parle-t-on du droit du citoyen^ du droit de puissance

} Cette génération du drait parait supposée parle choix heureux de Tintituié deTouvrage récent de M. Jules Simoa, Le Devoir, quo T|eat de couroimer l'Académie,

Quand M. de Girardin {Le Droit) ne reconnaît 4*autre droit que le droit du plus fort intellectueliejnent , scientifiquement^ indmtriellement, cornmercialement , ce qu'il y a de vrai dans sa pensée, c*est que tout homme doué de grandes facultés a plus de devoirs qu*un autre.

m CONSCIENCE Wf WIBNCB M DEV(HR,

paternelle ? l\ faut dire : Devoir du citoyen^ devoir de puissance paternelle. Pourqud le citoyen va-t-il déposer un bulletin dans Fume électorale? Parce que c'est le mode d'exécution d'un devoir direct envers le pays *. c< Pourquoi les parents commandent-ils à leur « enfant? Parce qu'ils ont le devoir de penser ppur c( lui, jusqu'au jour où il pensera piar lui -même ^. »

Mais, il faut l'avouer, la vérité que nous soutenons apparaît moins clairement, quand le droit quo nous réclamons contre une personne n'est pas le mode d'action de notre devoir direct envers cette même personne. — Ma vie est menacée par un bandit, je le tue en légitime défeilse : le tuer a pu être pour mo i un droit; était-ce un devoir? — Vous m'avez emprunté 1,000 francs^ je vous en demande la restitution : c'est pour moi un droit ; est-ce un devoir ? — J'ensemence mon champ et je répare ma maison : c'est un droit; est-ce un devoir'? — Non, dit-on. Si, par horreur du meurtre, même légitime, j's^ime mieux livrer ma vie au bandit, si je vous fais remise de votre dette, si je laisse le champ en jachère ou la maison an ruines, j'abandonne une faculté que j'avaija.

Nous répondons : Dans ces divers exemples, le de-

* « Un électeur, en ne concourant pas à l'élection qui est pour lui un a droit, se soustrait à une obliga^wn, et trouble plus eu moins les rapports « sociaux. »

(AouENS, Cours de droit naturel^ partie générale, chap. u, § 3.)

« Girardin, Le Droit, pag. i89.

' C'est sans doute à ces exemples et à d'autres semblables que Falck fait allusion, quand il se contente d'alléguer {Cours d*introduction, cbap. m, S 10, pag. 115) «qu'il y a beaucoup de droits que la loi, morale n'oblige point « à exercer. » H n'en cite aucuû*

PAUTIB m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — WVRE I. |8t

v0ir de tuer le bandit^ de poursuivre le débiteur, d'ensemencer le champ, de réparer la maison, pourra être plus ou moins étendu suivant les circonstances. Mais il existera, à moins qu'il ne soit dominé par un devoir supérieur.-— Je n'ai pas le devoir de tuer le bandit ; mais j'ai le devmr de me conserver en tuant le bandit, dans l'intérêt d' autrui et dans le mien, et suivant la volonté de Dieu. Je n'ai pas le devoir de ruiner mon emprunteur; mais j'ai le devoir^ e&le ruinant s'il le faut, d'employer la somme qu'il me doit à nourrir ma femme et mes enfants, à payer mes propres créanciers. Je n'ai pas le devoir de jeter des graines dans le champ pour les jeter, ni de remuer des pierres pour les remuer ; mais j'ai le devoir de faire servir ma maison à abriter, mon champ à nourrir mes semblables et moi. — Que le capital qui m'est confié s'appelle puissance du citoyen, du père ou du mari , qu'il s'appelle créance, champ ou maison, ma paresse n'est pas innocente si je le gaspille sans raison justificative^ Je dis : Sans raison justificative. En effet, dans tel ou tel cas, je pourrai être louable de me laisser tuer par le bandit, par exemple, en me dévouant pour un homme plus utile que moi ; riche, j;e pourrai faire sagement d'être généreux envers mon débiteur honnête et pauvre; citoyen, j'abandonnerai, asns être blàmé, la culture de mon champ pour courir défendra mon pays à la frontière. Pourquoi? Parce qu'alors un devoir supérieur viendra dominer un devoir inférieur.... Mais en l'absence de ce devoir supérieur, la raison me donnera l'ordre, et non pas seulement l'autorisation, de me rendre

apte à remplir Fensemâble de mes devoirs en conservant ma vie et en administi^t sagement ma fortune. — Essayez d'invoquer un prétendu droit, sans le rattacher k un devoir ! Vous invoquez un plaisir, un moyen de bien-être. Votre sensibilité seule fak la demande. La raison se tait au lieu de Fappuyer. H n'est pas jusqu'^à l'action de se promener qui, consi*dérée dans son but sérieux et non comme fantaisie^ ne 8iq)pose le devoir de conserver, avec la vie et la santé, les forces que Dieu nous a données pour un usage déterminé !

192. Cette théorie n'est pas nouvelle. C'était celle des anciens auteurs de droit naturel. Parmi les mo«dernes, Burlamaqui la reproduit^ : «Comme tout droit,

« dit-il , suppose nécessairement un devoir de la part et des autres, tout droit est fondé sur un devoir rééic( proque. Le droit que l'homme a de se procurer ce « qui est nécessaire à sa conservation , est fondé sur « le devoir de se conserver, sous peiné de douleur et « de mort . L'homme à le droit d'acquérir, parce que « sans acquisition il ne peut se nourrir, et que sans c( nourriture il ne peut se conserver.... Si je n'étais «pas obligé rigoureusement de conserver ma vie, je «n'aurais pas le droit de la défendre à main armée oc contre un injuste agresseur. »

193. Le véritable langage à adopter serait celui-ci : Il y a des devoirs purement passifs , qui obligent seulement le débiteur à souffrir la réclamation dû créancier. ïl y a des devoirs à la fois passifs et actifs,

* Principes du droit des gens, (pMtie HI, chap. ii, et part. I, chap. vu.

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