PARTIE m. -* CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE IL
a ûotion confuse qu'ils ont de régalité naturelle^ qui c< leur fait dire : Ce qui est permis à autrui me l'est a aussi^ Ils ne prennent pas garde que le mal qu'un c< autre a fait ne lui était pas permis, et que sa mau- « vaise action est incapable d'autoriser la leur*. »
Au surplus, que parlons-nous de raisonnement? La vengeance est une passion. Survivant à la cessation de l'agression, elle se prépare le plaisir inhumain de rendre le mal pour le mal en attaquant à son tour. Au besoin elle dépasse l'exact équilibre, etrend ce mal avec usure. Par elle l'homme descend au dessous de la brute, qui n'a point de longues rancunes. « La « colère, dit un sage d'Orient, commence par la folie, ce et finit par le regret. »
218. La réaction de l'intérêt n'est point non plus la sanction. La réaction de l'intérêt est de deux sor^ tes : ou c'est l'instinct de la défense repoussant une attaque commencée, ou c'est l'intimidation prévenant une attaque prévue. — L'instinct de la défense n'a rien de commun avec la sanction. Sentiment aveugle excité par toute menace juste ou injuste, il porte l'homme menacé à se délivrer du mal qu'on veut lui apporter, et à faire, pour cela, à l'agresseur le plus de mal possible. Cet instinct ne raisonne guère. Il passe la limite du besoin. On ne voit dans son exercice que la succession de deux faits regrettables, savoir : une lutte
* Dans Fartide 1184 du Code Napoléon, il s*agit de deux obligations conventionnelles corrélatives. Si Tinexécution de Tune d'elles par un des contractants autorise l'autre à décliner la sienne, c'est parce que ce droit est censé avoir été réservé par une convention tacite, à laquelle le consentement des parties a été subordonné.
CONSCnSlfCB ET SCIENCE DU DEVOIR.
entre deux itctivités, et le triomphe de la plus Torte Bur la plus faible.
U intimidation, c'est-à-dire le moyen qui consistée frapper l'auteur d'une mauvaise action, pourefTrayer ceux qui seraient tentés de faire comme lui, n'a rien non plus de commun avec la sanction. L^timidation n'est que l'instinct de la défense prenant ses précautions pour l'avenir. Or, qu'il prépare pour demain son boudier ou qu'il frappe dès aujourd'hui de son épée, l'instinct de la défense ne perd »ien de l'aveuglement qui constitue son essence. Certes nous ne nierons pas qu'un des effets salutaires d'une punition infligée ne s(Ht de prévenir, par la ci'ainte d'une punition semblable, l'imilation de la faute. Mais voir le principe de la peine dans l'intimidation de ceux qui seiaient endius à imiter la faute, c'est arriver à d'atroces conséquences. Dans ce système, qu'est-ce que la sanction? c< Un commerce où la peine s'achète au prix de la sécc curilé, » suivant l'expression de Tissot * . Préfère-t-on un autre mot? Rossi nous le donnera : « La justice « pénale n'est qu'un ea;/)érfienf *. » Alors faut-il s'inquiéter de la souffrance du patient atteint par la peine? A quoi bon? Il n'est qu'un instrument d'effroi, <K une armure de chair et d'os dont on tire parti ^\ » Plus l'effroi sera grand, meilleur sera rinstrument.
1 Ethique,
« Traité de droit pénal.
Le second vers du distique gra?é sur la porte de la Cour d'assises à Paris : « Sontibus unde tbbmob, eivibui unde salus^ » ûmtût (stre effacé.
• Bes Peines (Thèse soutenue en 1847, devant ik Faculté de droit de Paris, par M. Boisseau, aujourd'hui procureur impérial).