PARTIE m. — CORBOffiNCE DU DEVOIR. — UVRE H. tl
toister à côté de la révéktioa positive. Il lui suffit pour cela d'apercevoir deux faits incontestables.
Le proDGiier, c'est la nécessité d'une lumière morale autre que la révélation positive, pour les hommes qm ont vécu avant cette révélation. Veut-on faire remonter la perfection de celle-ci, en ce qui touche le devoir, plus haut que l'ère chrétienne ? jusqu'au décalogue
gravé sur les tables du Sinàî? Plus haut encore?
jusqu'aux sept préceptes donnés aux enfants de Noé, dont les traditions hébraïques font mention S et sur lesquels Selden a voulu fonder tout le droit de la na-*
ture et des gens? Qu'importe? Une loi naturelle
préalable apparaît toujours comme indispensable, au moins pour les temps qui ont précédé Noé*. (A moins, comme cela a été soutenu, qu'on ne voie une première révélation chrétienne positive dans toutêi dennes mytbologies.)
Le second fait èi reconnaître, c'est la nécessité d'une lumière morale autre que la révélation positive, dans les lieux où celle-ci n'est point parvenue. L'Ancien Testament n'a été connu que dans une portion limitée du globe ^. Il en a été de même du Nouveau pendant
* Plusieurs Pères de TËglise, quelques autres écrivains de TOrient et les rabbins appellent ces préceptes : Lois des Noachides ou de la postérité de Noé.
V. Barbeyrac sur Grotius (liv. II, chap. i, S IS) * Hubner, Essai iur TAtttoire du droit naturel (partie II, § 3).
* Dans tout ce que contient la désolante philosophie d'Helrétius, il y a au moins deux lignes à emprunter^ Ce sont celles où, plus attentif que bien des spiritualistea À glorifîer la Divinité, il signale comme impiété la pensée que Dieu « ait pu laisser manquer le genre humain, pendant longtemps, « des connaissance^ nécessaires. »
' « Traditiones Judœorum... non toti pariter generi humano innotu<9< • ruiit« « {CtmBttitJMh\,Dêlèiiihu$naturm,)
quinze siècles. De nos jours, il n'a -point pénétré dans les régions qu'il reste aux voyageurs à découvrir, et chez les peuplades dont le dévouement des missionnaires a encore à affronter la cruaulé '.
En conséquenee, Tertullien affirme l'existence d'une révélation naturelle : Ante legem Moysts receptam, legem fuisse contendo non receptam, quœ naturaliter intelligebatur ^ .
226. C'est cette révélation naturelle, si la conscience pouvait l'oublier, que la révélation positive est venue reproduire et populariser : « Ainsi que le « dit l'Évangile, quand le christianisme paraît, il ne « Tient pas détruire la loi, mais l'accomplir. De même « il ne vient pas détruire le fruit humain de la pensée « philosophique, mais le mûrir '.» — La saine philosophie avait écrit de toute éternité, au fond des cœurs, ces grandes vérités : « Omnia q « facîant vobis homines, et vc
■ • Cnni qui legem non liabent, nMui
• dnnt..... ilbi sunC lex, >
(Saint Paol, EpUre aux Ramauu, D, It.)
■ Aiv, JudtEot, cap. 11.
> H. l'abbé Gretr;, De la connaissance de Dlea, part. I, cbap. iv.
Les premiers Përes de l'Ëglise étaieut si persuades de cette identilé des deux révâlatiDDs, qu'ils admettaient l'obéissani» à l'une comme âquivalent de l'obéissance d l'autre.
■ Tous lee hommes qui ont vécu ou qui TÏTCnt selon la raison sont véri-
• tablement chrétiens et à l'abri de l«ute crainte. • (Saint Just., Afol. ii.)
• Gloire, honneur et paix à tou» ceox qui ont fait lu bien, soit juifs, soit I cbréljens. • (Saint Chkis,, homél. 36,37.)
• Le juste ne diffère point du Juste, qn'il ait ou qu'il n'ait pas vécu «om
• U loi. > (Saint CLiiiERT d'Alexandrie, SCromat. ti.) Nous empruntons ces citations i. Benjamin Constant {De la retigion, t. 1,
pag. 63).
Comparai Tennemann [Matm^-de VhUtoire de la philosophie, % 331).