PARTIE IIL — CONSCIENCE DU DEVOIR. — UVRE IIJ
mence *, etc. — Faire sa souffrance de la souffrance d' autrui : cette forme de la sensibilité produit le désir de consoler autrui. « Il semble^ a-t-on dit, qu'on « enlève une partie de leurs maux à ceux qui les c< confient; on ne s'exprime pas improprement en c< disant qu'on les partage ^. »
Attachons-nous au mot charité, le plus général de ceux que nous venons de citer ^. Puisque la direction -de la liberté doit amener un certain partage de biens et de maux entre les êtres créés, le plaisir qu'on éprouve à voir ses semblables heureux est la disposition la plus favorable pour procéder à ce partage. Aussi, après avoir présenté l'amour de Dieu comme le premier précepte, l'Évangile ajoute : — ce Secundum autem « simile est huic ; diliges proximum tanqu^m teip^ c< sum. Jn his duobus mandatis universa lex pende t et c< prophetœ^. — Hoc est prœceptum meum, ut dili" « gatis invicerUy sicut dilexi vos ^. » — Nous verrons ultérieurement si ces saintes paroles n'ont pas un sens plus étendu.; si çlles ne nous donneront pas le premier principe de la science du devoir, comme les
< « Diligite inimicos vestros : benefacite, nihîl inde sperantes. »
(Saint Luc, chap. vi, S iv, vers. 35.)
« « Tous les hommes sont mes frères, mais ceux qui pleurent sont mes « enfants. » (Lamennais.)
s A Chantas est benevolentia generalis. » (Leibnitz, Definitiones eihicœ,) Dugald Stewart fait remarquer que, s'il y a un assez grand nombre d'affections bienveUlantes, il n'y en a qu'une seule malveillante, le ressentiment. — « Il y a beaucoup de manières d'aimer, une seule de haïr, » ajoute De:^cartes. {Les Passions de Vàme, II® partie, art. 84). — Et encore, suivant Fichte^ la haine n'est qu'un amour trahi.
* Saint Matthieu, çhap. xxu, § 4, vers. 39, 40. — Comp. Saint Luc, chap. X, S 3> vers. 27. — Saint Marc, chap. xii, S 3, vers. 31.
^ Saint Jean, chap. xv, S 2, vers* 12.
S30 œNSGIENGË ET 6GIEKGË DU DEVOIR.
textes cités dans notre livre précé(tent nous ont donné le preooier principe du devoir*
235. Troisième subdivision de la justice. Dé" fiance de V amour de soi. — M. Simon apporte comme troisième élément de la justice Yamour de soi^ c'est* à-dire c< l'amour de la vie d'abord, et, à cause de Va- « mour de la vie, Tamour de la vie heureuse, et enfin oc Pamour de la vie active ou de l'expansion naturelle « de nos facultés*.» — Nous critiquons le classement de l'amour de soi parmi les éléments de la jqstice^ Nous ne pouvons accepter cette proposition : « L'amour a de soi est le seul motif de tous nos amours ^ » Nous reconnaissons que l'homme a l'instinct de la conservation et du perfectionnement, ajoutons et le démr du bonheur* Nous reconnaissons encore qu'il a des devoirs envers lui-même. Pourquoi? Nous l'avons dit, pour se maintenir en état de remplir ses devoirs indivisibles envers Dieu et autrui. — Mais Yamour de ^oi , un mouvement passionnel envers soi-même, pi^éstmté comme un des éléments de la justice! Que signifie cela?
Rien d'exact, suivant nous. L'amour de soi, en tant qu'amour, n'a qu'une existence de feit. Lui donner une existence de droit, c'est introduire dans la place
* le Devoirf partie II, pag. 133. L'auteur ajouté t
ce L*amour de la vie, c'est le désir de continuer A'éire»
« L'amour du bién-ôtre, c'est l'amour de la santé, des plaisirs des sens,
« de la propriété, de l'estime dans une foule de degrés, du pouvoir. « L'amour de la vie active, c'est l'amour du plaisir d*exercer nos facultés
« BOit physiques, soit intellectuelles^ l'amonr du mouvement comme de la
« science. »
^ Id. , partie U, chap. iv.