PARTIE m. — CONSpiENGE Dy DEVOIR. — LIVRE V. Mi
moins paresseuses ; comme si celles-ci, qui sont ses égales, avaient plus de moyens qp^éile de résoudre efificaeement la difficulté !
324 • Où est leur droit pour se croire plus autorisées? Dans leijir nombre? Le nomlDre, résultat matériel, ne peut être un critérium de certitude. Qybi! Sje confier en lui pour la dir-ection de. la vie? Effrayante pensée ! Si par aventure une majorité se formait, défendant à r enfant le respect pour sanjàre, la piété filiale devrait-elle disparaître?
325, Et comment l'autorité générale pdutrait-elle conserver le prestige de l'infaillibilité ! Ne doime-telle pas sans cesse à ses af^rmations précédentes d'éclatants démentis? Et, comme l'a dit très bien un auteur, l'histoire n'apparait-elle pas comme « une « succession de faits et non de principes *? »
Les nations^, dans leur enfance 4 n'ont-elles pas admis, comme règle de leurs rapports, la légitimité de l'extermination? pyis substitué l'esclavage à T^xtermination? puis fondé, dfd nos jours, un droit d^ gens plus humain?— Pendant sept ou huit siècles, ïa conscience du législateur romain n'a pas cru con^ traire à là nature le pouvoir laissé au père d'ôter, en mourant , à ses fils , sa fortune entière , même quand il lavait acquise par leurs travaux. Pendant d'autres siècles, le droit eoutumier de France a cru conforme à la nature de restreindre la faculté de tester, en assm»ant une part de la succession légitime, sous le nom de réserve^ même aux collatéraux
*■ Âhrens, Cours de droit naturel (IntrocL, ch. i, $ 13).
les plus éloignés. Le Code Napoléon, prenant ua terme milieu/ n'assure plus cette réserve qu'aux ascendants et aux descen4ants. — De ces trois décisions, laquelle est lé produit pur de Tinspiration inSadllible ' ?
Chaque jour de la vie de l'humanité amène, suivant nous, à la place de l'erreur de la veille, une demi-vérité seulement. Prétendez-vous, au contraire, qu'dle atteint des résultats complets? Alors dites -nous, si vous le pouvez, à quelle minute précise de quelle année, l'humanité, barbare encore l'instant d'auparavant, s'est trouvée subitement illuminée de la plénitude des rayons de la science morale !
Que dis-je, l'humanité ! Dans un même siècle, les peuples qui la composent ne se trouvent pas d^ accord. P^irmi les législateurs d'une même époque, tel a continué à arracher aux accusés un aveu incertaiu par la torture, tel autre a flétri avec indignation cette cruauté. Lequel a bien lu la loi morale ?
326. Certes, grande est la valeur de l'autorité générale! C'est la valeur des leçons de l'histoire. Toute école de moralistes comme de jurisconsultes, tle chimistes comme de physiciens, doit être historiqùeé Toute science emprunte d'indispensables enseignements au passé, qui est un de ses trois aspects; (( Hts- « tOTia testis temporum, luxveritatis, vita memorioBj n magistra vitœ, seientia vetiistatis est^. » La patrie
1 c Lorsque, dit Locke, la mode avait rendu lés duels honorables, on commettait des meurtres sans aucun remords de conscience; et aajoor^ d*hui c'est un grand déshonneur, en certain lieu, d*étre innocent sur est article. »
« Gicer., De of:atore,^
pAitnË m. — coNsaENCE du ràvom. -r livre v. 515
de Cujas ne peut renier les trésors que l'étude de$ antiquités a fournis à ce grand romaniste.
Mais n'abusons pas même des bonnes choses ! Cujas ne se servait de Thistôire que pour arriver à mieux. De nos jours on se borne à la fouiller avec curiosité. Aussi, en croyant continuer Cujas^ l'école historiqne s'écarte de ce jurisconsulte */Trop « courbée sm* le passé ^f )) elle conteste à la scieujèe sa mission deinière, la prévision du perfectionnement dans Favénir. Re»tituons-lui cette mission.
Admettre l'autorité générale comme dernier ctité^ rium delà certitude, c'est admettre la « victoire de la Ci coutume contre l'idée, du fait contre la théorie', « de l'mstincc irréfléchi contre la raison plus méditac< live. » Découragement trop grand ! Trop grande défiance de la raison ! Le génie d'un penseur peut devancer son siècle, et, luttant avec avantage contre les traditioûs, démontrer les vices des institutions que Tautorité générale n'a pai^ encore sapées^.
* Pascal Dupràt, journal le Droit, n" du 7 octobi^ 18A5.
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s Id. , ibid. — Le môme éçrivaiii signale, dans la Revue indépendante (tome XV, livraison du 25 août 1844), le lien d'affinité des doctrines contrerévolutionnaires de Savigny f^ec celles d'Edmond Burclce et de De Maistre.
* c Sommes-nous jetés sur la terre comme des êtres tirant toute leur vie « de ce qui n'est plus? La perfectibilité humaine n'est-elle pas en nous c au8sil>ien qu'elle fut en nos pères 7 Ne serons-nous jamais utiles qu'à la « condition de ne plus eli^ter ? Et les morts seront-ils appelés seuls à régir € le monde ? >• (Roussel, Encyclopédier du droit, Appendice.)
Si4 CONSCIENCE ET SGIENGE DU DEVCKR.
CHAPITBE V.
GINQUIÈMS 8UBDIV1SIQN DU PREMIER' SYSTÈME, — BÉTEJÛUNAtlON ABSOLUE DES OBJETS DU DEY.OIR PAR LA CONSCIENCE UjNIVER- SELLE PRIMITIVE, ATTESTÉE PAR lA TRADITION.