‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 50 sur 280 · PARTIE n. — FOI AU DEVOIR — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE n. — FOI AU DEVOIR — LIVRE I

saient l'humanité dans une fausse route. Ils auraient pu être pilotes à leur tour; mais la force et le temps leur ont fait défaut. Ils s'asseyent incertains sur le rivage, attendant des guides plus expérimentés. Leur doute apparent n'est qu'une halte de l'esprit d'analyse, reprenant haleine après le combat*. — Réservons le nom de sceptiques à ceux dont le scepticisme est réel, à ceux qui posent sérieusement ce principe : La négation de la connaissance est le seul but que l'homme puisse atteindre.

83. Le scepticisme définitif ne peut être total. Il y a un fait que le sceptique ne peut nier, c'est une existence quelconque en lui. Va-t-il exagérer la puissance du sens intime jusqu'à contredire le sens intime en s'écriant : Je n'existe pasT Que serait-ce que cela? Un hardi suicide? Non : un effort de logique impossible, un jeu de mots sorti des lèvres d'un rebelle désappointé, affectant de ne vouloir rien savoir, par dépit de ne pas tout savoir. Celui qui dit Je, affirme tout d'abord qu'il existe. Il est trop tard pour le nier, un instant après, par le verbe de sa proposition. En ouvrant l'abîme d'un doute imaginaire, il faut qu'il sente et affirme qu'il y tombe douiant ; par cela même l'abîme est comblé. Au fond de l'hypothèse du néant, l'être se retrouve posant l'hypothèse ^. A celui qui ne se rendrait pas à Févidence de ce raisonnement, il faudrait réserver la compassion due à la folie, et non les

* Leroux, Encyclopédie nouvelle (Réftttation de Tédectisme), compare la valeur de ce scepticisme à la valeur des quantités négatives en géométrie.

« « Le moi qui doute, qui craint de se tromper... ne. saurait faire cela • s'il n'était riefi.> (Fénelon, Existence de Dset*, partie II, chap. i.)

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enseignements d'une dialectique impuissante, u Ce ce malheureux, comme Ta dit éloquemment M. Cou* « sin, serait le rebours de TAntéo de la Fable. Fils de Ci Tair, il faudrait l'écraser sur la terre, où il ne se (( hasarde pas * ! »

84. Mais une fois accordé le sentiment iuévitable d'une existence quelconque, le sceptique peut proclamer le doute sur tout le reste. 11 invoque un premier argument^, tiré de Timperfeclion des résultats oble» nus, jusqu'à nos jours, dans le champ de la science. — Nos connaissances, dit-il, sont incomplètes, donc elles n'acquerront pas de complément. Nos oonnaissancee sont variables dans les divers âges des nations et des individus, donc elles n^acquerront pas de fixité,

85. A ce premier argument le scepticisnoe en ajoute un second, tiré de l'imperfection de Tagent qui cherche à connaître. — Cet ai gument procède en cette forme : L'état de nos organes est un obstacle iufran* chissable à la certitude. Non seulement il faut nous défier de ces organes, attendu que leurs éléments varient au gré de l'âge, de la santé, des passions, des

< DesQtrtes a pourtant ccu nécessaire de réfuter ce scepticisme impeasjble par le célèbre enthyméme : a Je pense, donc j' existe, t^* Si je doute, je iais que je ne sais pas^ » avait dit saint Augustin (De trinii., lib. I, cap. x).

Cette démonstration paraît aussi superflue pour démontrer Texistence, que le serait, pour démontrer la lumière, le raisonnement suivant : Si lue$t^ lueet : ergo lucet, — Descartes en convient quelque part *• « C'est une « chose, dit-il, qui de soi est si simple et si naturelle à inférer qu*on est, de € ce qu'on doute, qu'elle aurait pu tomber sous la plume de qui que ce « soit. » Aussi ajoute-tril qu'en disant : « Je pense, donc je «tits, » il avait pour but non de prouver l'existence de l'être qui pense, mais d'arriver à la déWQiiatration de son immatérialité.

(V. DiscABTES, édit Ad. Gamier, tom. IV, fr. après la lettre uxui.)

* Voir les argumenta d'^etidéme, d' Agrippa, de Sextus Empiricvsdans Tennemann, Mwml i$ Vhistoirê <f< h philos^i^, %iWk 102.

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