Croyance à l'existence de Dieu
postulat nécessaire de la foi au devoir.
107. Si nous cédions à notre pensée intime, nous dirions seulement du système appelé athéisme qu il ne vaut pas l'honneur d'être nommée Nous n'y voyons qu'une des variétés de la folie. Le mot qui exprime ce prétendu système frappe notre oreille
* Corneille»
PARTIS II, — FOI AU DEVOIR. — LIVRE n. H
comme un son et rien de plus. A notre avis ^ il n'y a point d'athées. —Mais d'autres esprits que le nôtre éprouvent une impression différente. Le mot athéisme leur parait contenir une pensée susceptible d'être conçue \ Parlons donc de l'athéisme. Parlons-en, non pour donner les raisons sur lesquelles il s'appuie (car nous ne les soupçonnons môme pas), mais pour donner les raisons de l'écarter.
108. Dans l'esprit de l'immense majorité des hommes, l'argument le plus simple pour prouver le Créateur, c'est la vue de la création. En présence de la notion nécessaire de cause, chacun se dit : Ce monde ne s'est pas fait tout seul , donc il y a un premier moteur de tout ce qui se meut, un architecte suprême dont les doigts, comme dit l'Écriture, «se jouent de l'univers.» On se demande, avec Gcéron, si la supposition de la formation de toutes choses par l'assemblage fortuit d'atomes éternels n'est pas la supposition de la composition de Ylliade avec des lettres de l'alphabet jetées à terre? On répète avec Montesquieu : « Quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveuce gle qui aurait produit des êtres intelligents *.
109. Mais une méditation plus attentive aperçoit bien vite que si l'Être par excellence se fait voit* dans l'idée de cause, il se montre également dans toutes les autres idées nécessaires. — Qui peut mesu-
1 M. Vh\M Gratry, De la eonnaiêsance de Dieû^ chap. xx.
Comme M. l'abbé Grati^r, Pufiendorfif {Droit de la nature et de$ gins) recomiaît des athées, n en distingue deux espèces : < Les luis, qui nient « formellement l'existence de Dieu, les autres qui nieat m, Providence. »
« E^t des lois, liv. L
m CONSCIENCE ET SCIENCE DU DBVOUl.
rer Tespace? UÉtre sans limite ^ Qui peut mesurer rétemité? L'Etre par qui tout a commencé et sans lequel rien ne pourrait commencer. En qui réside la substance? Dans TÉtre parfait, type sur lequel se détachent les imperfections de tous les autres.
110. Attachons-nous à Tidée de substance. Ces mots, être fini, être infini^ sont corrélatifs. Pensez Tun d'eux, l'autre est pensé ! — a Je suis^ donc Dieu est,)» dit Joubert ^. Raisonnement trop long! En disant Je suiSy on a déjà dit Dieu est. En effet est-ce à l'infini qu'il appartient d'être la négation du fini ? n'est-ce pas au fini qu'il appartient de limiter, donc de présupposer l'infini? — «Comme la marque de l'ouvrier est € empreinte sur Touvrage ', » c< Dieu nous est aussi pré- « sent que notre être*. » « Ne cherchons pas un pasce sage pour sortir de la conscience et démontrer hors « de nous l'existence de Dieu^. » « Nous leconnais- « sons par la même faculté par laqu>^lle nous nous « connaissons nous-mêmes^. >-— En dernière analyse,
< « Lucem habitat inaccessibilemu (Saint Paul.)
« Pensées,
« Touchez un corps quelconque, ne fût-ce qu'une pierre, Je dis que ce • contact, dans Thomme pur et recueilli, retentit à travers le corps, les « sens, Tesprit et l'âme jusqu'à Dieu. » (De la connaissance de Dieu^ par M. l'abbé Gratry, part. I, chap. ix.)
* Descartes.
* L'abbé de Lignac, Témoignage du sens intime^ t. II, p. 44. (Voir dans le Dictionnaire des sciences philosophiquts, l'article de M. Franck sur l'abbé de Lignac.)
■ Beausire, Thèse sur l'obligation inorale, soutenue à la Faculté de Paris en juillet 1855. — Comp. dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, l'article intelligence^ par M. Amédée Jacques.
* Voir l'analyse des opinions de Descartes, donnée par M. Ad. Garaier dans son édition des œuyres de ce philosophe.