PARTIE IV. -^ SGIENGB DU DEVOIR. — UVRE III
549. Youlou^-noos reconnaître le danger de ces théories? Ecoutons un auteur. Une fois qu'il a pose ces prétendus principes naturels : a On ne doit pas
« porter atteinte à la liberté (f autrui Or on ne
« porte pas atteinte à la liberté de celui qui consent tià ce qu'on veut faire à son égard. ...» Tesprit de système le fait arriver, sans hésiter, aux plus éti*anges oonséquences. Témoin celle-ci : ce Tuer un homme qui (( cmsent à perdre la vie , ce nest point une action « défendue par le DRorr naturel; bien que ce soit un « énorme attentat contre la morale ^ »
Je le demande : quelle sécurité peut donner, àlaconfldence du législateur, un droit naturel qui se déclare
satisfait d*un énorhe attentat? Et que pense-
mit-on de ce législateur, s'il ne punissait pas le prétendu ami complaisant, qui* sur ma demande, me tirerait au cœur un coup de pistolet?
560. La vérité, c'est que ces principes absolus^ rangés k tort sous le drapeau d'uu droit naturel inventé à priori, n'ont rien de sûr, daus l'isolement où on les place l'un de l'autre. La vérité, c'est que, pour les rendi'e acceptables en pratique, il faut les modifier par une foule de restrictions, résultat de leurs combinaisons mutuelles. Or, qu'est-ce que les modifier amai, sinon sortir du port étroit où l'on a cru abriter quelques rêveries arrangées k fantaisie, pour entrer, à pleines voiles, dans l'océan des réalités? Aimons-nous mieux parler sans métaphore? Qu'est-ce que les mo-
* Eschbach, Coun d'introduction générale^ partie l, chap. i, leelion 1, n* 1, pag. 37.
dificr ainsi, sinon identifier ce prétendu droit naturel, mal compris, avec le droit positif * ?
Ainsi se trouve détruite, dans sa source, la formule imaginaire du 2® système, qui sépare le droit naturel et le droit positif par des caractères essentiels, en supposant la distinction impossible de deux sortes de juste, Tun absolu^ l'autre relatif.
Ainsi se trouve établie, suivant nous, eette ^nde vérité : Il n'y a d'absolu que le premier principe du
DEVOIR ET DE LA SCIENCE DU DEVOIR. — ToUTES LES DÉ- DUCTIONS ONT BESOIN DE SE COMBINER ENSEMBLE, POUR PRODUIRE LE JUSTE. — Ce JUSTE EST TOUJOURS RELATIF.
— Le droit naturel, comme le droft posrriF, ne s'occupe QUE DE CE JUSTE RELATIF.
Tout cela nous parait incontestable : à moins qu'on n'entende, par jti^^e relatifs l'injuste contenu dans l'utile apparent, mal entendu : ce qui serait retourner au premier système réfuté ci-dessus (n®* 527 et 528)... Eh bien! c'est précisément ce qu'Ëschbach finit par faire (Cours d' introduction ^ partie I, n^ 4), quand, tout en admettant c< la base immuable » du droit naturel, il
1 Lisons cette phrase de Barbeyrac (sur Puffendorff, Droit de la nature et des gens^ liv. VIII, chap. i, § 1) : « Comme il y a bien des choses que le droit « naturel prescrit seulement d'une manière générale et indéterminée^ &i « sorte que le temps, la manière, le lieu, l'application à telle ou telle per- « sonne, et autres semblables circonstances^ sont laissés à la volonté et à m la prudence de chacun, les lois civiles règlent ordinairement tout cela...»
Estril possible, en paraissant admettre que le droit naturel^ ainsi compris, est quelque chose, de démontrer plus énergiquement qu'il n'est n'en?.....
Voyez un législateur méditant un projet de loi Il invoque, pour ètie
bien inspiré, le fantôme du droit naturel^ défini par Barbeyrac Ce fantôme apparaît, et lui dit : « Je t'apporte le principe que tu demandes, mais d'une manière indéterminée. Tu l'appliqueras, ou tu ne l'appliqueras pas, suivant le temps, la manière^ le lieu^ les personnes^ et autres semblables CIRCONSTANCES.... » Quo voilà uu législateur bien renseigné!