PARTIB IV. — SGIENGË DU DEVOIR. -- UVRE UI
tain nombre de phénomènes se reproduire d'une manière constante?.. On donne le nom de règle à la loi généralequi les produit. — Un phénomène spécial apparait-il , conforme à cette loi générale sous beaucoup de rapports, différent sous quelques-uns?... On Tappelle exception.
Eh bien! on tieoit ce kngage dans la science du devoir, comme dans toutes autres. On arrive à ranger sous le nom, soit de morale, soit de droit naturel^ des règles générales que Ton ébauche : puis l'on réserve, sous le nom de droit positif, les prétendues exceptions à ces règles générales.
Voilà, si nous ne nous trompons, le point de départ, puéril ou faux, qui est au fond de tous les esprits.
L'inexactitude de ce point de départ est à moitié entrevue dans cette phrase de M. Havet ^ : (c II y a (X beaucoup plus de vérités particulières, que de véri- « tés générales dont la formule soit applicable par- « tout . » — Nous dirons, plus résolument que M. Havet : La distinction des vérités générales et des vérités particulières est creuse. Il n'y a qu'uNE vérité, considérée, avec tous ses éléments, à l'occasion de chaque fait. La distinction des règles et des exceptions est &usse. Il n'y a qu'uNE harmonie de toutes les règles, entre-croisant leurs appUcations à l'occasion de chaque fait, y>
568. Pour éclairer ces allégations, prenons un moyen hardi. Essayons (si notre faiblesse ne tremble pas trop en concevant cette prétention) de monter un instant
* Commentaire sur les Pensées de Pascal, pag« 68.
i80 CONSaENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.
aux pieds du trône de Dieu. De là, jetons un coup-d*œil 8ur Tuniversalité du monde physique et nooral. Ce coup-d'œil nous révélera un ensemble de règles qui se combinent entre elles. — Du point de vue de la terre, Texception nous apparaissait comme un phénomène spécial, contrariant une loi générale. — Du point de vue du ciel, nulle exception ne peut apparaître ; car nulle loi n*est faite pour être contrariée. Il n'y a qu'un concours de lois innombrables, s'aidant. Tune Tautre, pour produire un résultat commun. Le mot exception ne laisse plus rien de saisissable à la logique de notre pensée.
Redescendons sur la terre, en rapportant soigneusement ce résultat acquis, savoir : entre ce que nous appelons règle^ et ce que nous appelons exception, nulle différence, sinon celle-ci : nous appelons règle la loi que nous croyons connaître, exception la loi que nous avouons ne pas connaître encore. La découverte d'une loi qui parait admettre des exceptions est provisoire : quand, à côté d'elle» d'autres lois, qui produisent les exceptions prétendues, seront dégagées, il apparaîtra que la première n'était qu'une fraction de loi ; cette fraction attendait, pour complément, la fraction apportée par les autres. — La vérité indivisible est au point d*intersection de toutes les lois.
559. Dans l'ordre physique, nous applaudissons, de toutes nos forces, à cette pensée de génie, exprimée par Leibnitz ' : « Les monstres même sont dans les « règles: ils se trouvent conformes b des volontés gé-
* Théodicée.