PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE IH
Telle est Tidëe qui explique la valeur respective de ces trois mots : droit positif j droit naturel^ morale ! Les deux derniers ont d'abord la prétention d'indiquer, par leur comparaison avec le premier, des échelons supérieurs à celui où se place le droit positif. — Mais Témulation gagne celui-ci ; il s'élève à ces échelons : alors droit naturel et morale de se placer plus haut, pour maintenir, entré eux et lui, la hiérarchie proportionnelle.— Ainsi chacune de ces trois notions est tour à tour en germe, puis en éclosion : chacune est soumise à la même nécessité de s^élever toujours vers une science divine plus parfaite du devoir, qui les domine et les attire.
Morale^ droit naturel, droit positifs ont la conscience de leur impuissance à réaliser immédiatement le type entrevu : mais que peuvent-ils de plus? Dans la station provisoire qu'ils occupent aujourd'hui, et qu'ils changeront demain, ils atteignent le juste hur main, s'ils proposent successivement le juste relatif qu'il est possible de réaliser. « Qtii fait ce qu'il peut, fait ce quil doit^ » dit avec raison un proverbe vuU gaire. C'est ce qu'exprimait le jurisconsulte Balde, disant à l'évêque de Pavie : « // n'y a de juste que « ce qui convient au temps. »
569. Morale, droit naturel, droit positip. ïroiscercles concentriques, renfermés l'un dans l'autre. Le rayon lumineux, partant du centre commun, éclaire vive* ment le petit cercle du droit positif; jette un demi-jour sur le cercle plus étendu du droit naturel, c'est-à-dire du droit social mieux compris; et étend ses dernières clartés jusqu'aux bornes de l'horizon actuel de la
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science, dans le cercle de la morale. — Mais cet horizou lui-même est mobile. L'activité des rayons partis du centre commun s'augmente; et le premier cercle» en s'élargissant, presse le second, puis, par lui, le troisième, pour les forcer à s'étendre proportionnellement.
Ces vérités se trouvenl appliquées au remplacement (Je l'ancien Testament par le nouveau. L'apôtre saint Paul, àiàwsY Épitre aux Hébreux (ch. vu, § 18, vers. 9), leti consacre, en reconnaissant que la loi mosaïque « est (c abolie comme impuissante et inutile : car la loi ne cona duit personne à une parfaite justice; mais une nonce yelle espérance, par laquelle nous approchons de c< Dieu, a été substituée à l'ancienne.)) (Trad. de Sacy.)
570. Subsidiairement, écartons la distinction que l'on présente entre plusieurs espèces de morale.
Et d'abord refusons de distinguer la morale mondaine, la morale philosophique, la morale religieuse * .
Le mot morale mondaine, ou bien n'est qu'une antiphrase ironique pour exprimer l'immoralité, ou bien indique une moralité conventionnelle consistant dans le respect de certains usages : usages mauvais en euxmêmes, mais destinés à limiter d'autres applications du mal, qui seraient plus graves sans ces restrictions
consacrées^.
* Montesquieu, Esprit des lois, iiv. IV, chap. v : <(Nous recevons trois édu- « cations différentes ou contraires ; celle de nos pères, celle de nos maîtres, « celle du monde. Ce qu'on nous dit dans la dernière, renverse toutes les « idées des premières. »
* « Ce que vulgairement on nomme Kùnneur dans la plupart des nations, « n*est qu'une vanité chatouilleuse, qui, toujours inquiétée par la con- « science de son peu de mérite, et craignant d'être abaissée dans Topinion « des autres, est capable de porter les hommes aux plus affreux excès. »
(D'Holbach, Morale universelUf section m, chap. m.)