PARTIE IV. — SCI£xNCË DC DEVOIR. — UVRB Y. tti
savoir par cœur une collection d'arrêts! et à pouvoir seulement apprendre au client si une décision judiciaire est, ou non, déjà intervenue dans un procès semblable au sien!
Chemin peu sûr!... Car le praticien qui veut ainsi arriver au raisonnement par l'action, n'étant pas éclairé dès ses premiers pas, n'ose faire autre chose que suivre les errements de ses devanciers, leurs idées, leur langage. Il est forcé de commencer par se ranger ims ce peuple d'imitateurs dont, suivant La Fontaine, il ne faut attendre rien de bon. Souvent il n'a pas la conscience de ce qu'il copie. C'est un grand praticien, Henrys, qui a fait cette remarque : a On sait le moins « ce qu'on pratique le plus. »
A force d'imiter, de tourner comme la roue d'une machine, ou tout au plus comme le cheval qui fait mouvoir la roue, arrivera-t-il h croire en lui-même, et à faire mieux que ses devanciers? Si, par grand bonheur, et au moyen des facultés éminentes de son esprit^ il obtient ce résultat inespéré, alors l'inexactitude de sa méthode lui sera, par cela même, rétrospectivement démontrée. Le cercle vicieux dans lequel il aura stationné lui apparaîtra ; il verra qu'il s'est imposé la nécessité prolongée de tomber dans des erreurs y pour apprendre à les éviter. . .
Du reste, il a peu de chances d'arriver même à cette conscience de son tort. Écoutons Dugald Stewart : c< La capacité de ranger systématiquement « nos idées, et de leur donner une forme philosophique, Ki ne peut guère s'acquérir que dans le premier âge « de la vie : en sorte que les défauts contractés dans
(c les affaires et les occupations de détail, ces défauts a produits par des habitudes d'imitation, sans règle <( et sans théorie, peuvent bien, dès qu'une fois ces ha* « bitudes sont confirmées, être déclarés incurables*.»
609. Méthode théorique pour étudier la science telle quelle est. — La méthode théorique reconnaît, avec le même Dugald Slewart, qu'on retient mieux une langue apprise par principes qu'une langue apprise par Tusage; et qu'un commerçant sait mieux Tétîit de ses affaires par l'inspection des livres de détail où il les classe par ordre, que par la lecture du livre-journal où il inscrit pêle-mêle toutes ses opérations. — En conséquence, elle veut bien qu'on cherche à se fairo d'abord des règles scientifiques, avant de pratiquer. Mais ces règles, elle les constitue sans beaucoup d'efforls.
610. En morale, elle admettra, sans contrôle, l'autorité générale; moyen dont nous avons démontré (tome I, n^s 316 à 3£6) l'impuissance h produh'e une connaissance définitive du devoir.
611. En droit, elle se contentera d'ouvrir les textes des codes. Elle en expliquera les ambiguïtés par un peu de philologie.
Puis elle en comblera les lacunes par les brocards.
Les brocards : l'emploi de ce moyen prétendu scientifique demande une critique détaillée. Reproduisons ici quelques pages (qui ont trouvé quelque faveur), de nos premiers essais de philosophie du droit ^.
1 Éléments de philosophie de Vesprit humain, chap. nr, sect. S. * N*" 00 et suivants.