PARTIE IV. — SaENGE DU DEVOIR. — UVRE VI. t
'de la recherche du bonheur et de la recherche du devoir y la méthode expérimentale en tire une seconde, contre laquelle nous n'avons également rien à dire, savoir : L'existence du bonheur suppose V accompUssèment du devoir. — Que pourrions-nous nier, dans la généralité de cette proposition, nous qui avons identifié (tome I, nos 241 à 246) \dL justice et \ intérêt bien entendu?
634. Mais voici le point où va surgir la difficulté. La méthode qui prétend trouver le devoir dans le bonheur par l'observation , ne peut , sans se démentir elle-même, chercher le bonheur lui-même autrement que />ar l'observation. Elle posera donc cette troisième proposition : V existence du bonheur, tel que le fait CONNAITRE l'observation , supposc V accomplisscment du devoir.
635. Cette troisième proposition se trouve notamment à toutes les pages du Traité de législation de Comte, un des ouvrages les plus consciencieux qu'on ait écrits sur notre science. — Suivant cet auteur, toute loi est une liaison entre une cause et Teffet qu'elle produit. L'analyse d'une loi , c'est la constatation des conséquences bonnes ou mauvaises qu'elle amène. En ce qui touche les lois du juste et de l'injuste, cette constatation ne peut être essayée par les philosophes qu'au moyen des renseignements que leur fournissent les récits des historiens et des voyageurs : comme ils ne sont pas rois, ils ne peuvent faire euxmêmes des expériences pratiques choisies à leur gré, en donnant des institutions h un peuple. C'est donc en examinant les faits passés et présents, qu'ils arri-
tSO GONSCIENGE ET SGIENGE DO DEVOIR.
vent à diviser les lois des nations en deux classes : d'un côté, celles qui produisent plus de biens que de maux ; de l'autre, celles qui produisent plus de maux que de biens '. Le sentiment moral n'est que le sentiment d'antipathie contre les conséquences mauvaises, et le sentiment de sympathie pour les consé* quences bonnes ^.
En un mot, pour apprécier les lois d'un peuple, pour savoir si elles sont ou non la véritable expression de la science du devoir, il suffit, suivant Comte, d'examiner si, sous l'influence de ces lois, le peuple dont il s'agit prospèi^Cy dépérit, ou reste stationnaire ^.
636. Prospérer j c'est réunir les éléments du bonheur : dépérir y c'est réunir les éléments du malheur. Pour savoir si un peuple prospère ou dépérit y il faut d'abord bien analyser les éléments du bonheur et du malheur, qu'on nomme plaisirs et peines. Il faut observer ces plaisirs et ces peines dans leurs divers degrés, soit d'après leurs caractères intrinsèques, soit d'après leurs conséquences, soit d'après les circonstances accessoires de tempérament, santé, sexe, âge, éducation, climat, etc., etc.
Il est de mode d'anathématiser tout d'abord ceux qui procèdent ainsi à la recherche du devoir. Pourquoi? Parce que l'on commence par supposer que leur liste d/BS plaisirs comprend seulement les voluptés du corps. Ne cédons pas à ces préventions! Nous ne
* Comte, Traité de législation, liv. I, chap. v.
* Id., ibid., liv. I, chap. iv.
3 Id., ibid., liv. I, chap. i.