PARTIE IV. — SCIENCE DD DEVOIR. — LIVRE VII
Reprenons séparément les deux parties de la formule qu'il adopte.
662. ï^^ partie de la formule. — But individuel : bonheur de V individu , considéré ici'4>as. — Le bonheur n'est pas présenté, dans cette formule, comme nous l'avons présenté (n^* 199 et 634), c'est-à-dire comme le résultat, quel qu'il soit, du devoir accompli. Au contraire, c'est l'accomplissement du devoir qui est regardé comme le résultat du bonheur. Existence, en fait, à^une satisfaction de la se^isibilité : voilà le but à atteindre dans ce monde. Comme les partisans de la méthode expérimentale ( Voy. ci-dessus, n° 637), le philosophe matérialiste pourra, pour composer les éléments de cette satisfaction, ranger, à côté des jouissances du corps, la réalisation des aspirations de l'intelligence et des impressions généreuses du cœur
Comme eux, il pourra, au nom de la bienveillance et de la prudence, réduire, dans les limites que vont désigner les numéros suivants, la part de bonheur dont il se contentera.... Mais cette part, quelque modeste qu'elle soit, il la lui faudra ! Elle sera le mobile de toutes ses actions, s'il est conséquent. Pourrait-il en apercevoir un autre? Privé de tout espoir d'une compensation dans une autre existence, comment pourrait-il expliquer celle-ci, si ce n'est en lui demandant un peu de contentement? S'il ne trouvait pas quelques fleurs, pour orner des heures si fugitives, il s'écrierait avec un poète :
« 0 Jupiter^ tu fis, en nous créant, a Une froide plaisanterie! »
663. 2® partie de la formule. — Moyen : Imutafton de V intérêt par l'intérêt lui-même. — Lie but étant ainsi défini : Bonheur de Vindividu, considéré tci-fros, quel sera le moyen d'arriver à ce but ?
Nul n'a proposé, ni ne proposera Tégoïsme brutal. Nul ne dira au matérialiste : c< Tes semblables ne sont, (( pour toi, que des serviteurs à exploiter» ou des oba stacles à renverser. » Grâce à Dieu, il n'y a pas d'égoïsme assez déterminé pour demander le sacrifice de tous à un seul. Il n'y a pas non plus d'intelligence assez bornée pour ne pas comprendre que la lutte des égoïsmes, ainsi déchaînés, produirait une extermination réciproque ; perspective de fatigues et d'angoisses, qui n'aurait rien de l'image du bonheur (Voy. t. I, n. 179).
c( Prescrire aux hommes de faire, en toutes choses, « ce qui leur plaît, cela s'appelle-t-il une morale ? Où « donc une telle morale a-t-elle été enseignée ?... Ou « la trouve bien dans quelques couplets égrillards.... « maïs dans un livre de philosophie?... Non ! Lescy- « niques, qui faisaient profession de ne rougir de rien, « les épicuriens, les athées et les matérialistes de la « fin du 18^ siècle, ne permettaient pas de s'abandon- <c ner aiusi aux caprices de la passion. Personne n'i- « gnore qu'Epicure était un sage *. »
Alors, que faut-il proposer, au lieu de l'égoîsme brutal? — L'égoîsme éclairé. Par lui, une transaction sera rédigée. Pour faire vivre en bon accord des gens
* Simon, Le Devoir, part. III, pag. 294.
La Morale universelle de d'Holbach contient une foule d'excellents conseils,