‹ Conscience et science du devoirChapitre 161 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — UVRE VII. fT · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — UVRE VII. fT

et leur laisser le moins de peines qu'il est possible. n résout ce problème par une soustraction arithmé* tique, résumée ainsi ; « Un acte est juste ^ s'il fait « plus de plaisir à celui qui le commet ^ que de peine « aux autres qui en souffrent ; il est injuste^ s'il fait <i moins déplaisir à celui qui le commet^ que de peine a aux autres qui en souffrent, » — Dans le premier cas, le législateur doit permettre l'acte. — Dans le second cas, il doit le défendre et le punir; à moins toutefois encore que le mal produit par la défense ne soit lui-même plus grand que celui du délit.

668. Si cette formule est bonne, tirons les conséquences.—Et d'abord, mettons en présence unbandit et un voyageur dévalisé par lui, un meurtrier et sa victime. L'appréciation du fait de vol ou de meurtre variera d'abord, suivant les impressions de la sensibilité qui exciteront plus ou moins violemment le bandit ou le meurtrier ; elle variera en outre, suivant les circonstances qui rendront le vol plus ou moins pénible pour le voyageur, la vie plus ou moins regrettable pour la victime du meurtre.

Le bandit affamé sera innocent, en détroussant le voyageur, s'il a pris seulement quelques écus au millionnaire prodigue qui ne fera qu'en rire; il sera répréhensible, s'il a dépouillé l'avare nécessiteux qui se désespérera de cette aventure. — Le meurtrier ne sera pas puni, sll donne une mort désirée à un homme consumé par le spleen ; il sera coupable , s'il tue le jeune homme dont l'imagination sourit à toutes les illusions.

Autre conséquence. — Je vois un enfant « se dé-

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(( battre dans les flots prêts à Tengloutir. » Je ne risquerai pas ma vie pour le sauver « avant d'avoir chiffiré, ce sur le sable du rivage » ce qui pourra me revenir, « si j'échappe au danger, en remerdments, en mé- « dailles et en phrases de gazette ^ ? »

Que si, dans ces hypothèses et dans mille autres, je n'applique pas exactement la formule, parce que j'aurai mal comparé les deux intérêts en lutte, sentirai-je l'impression poignante du remords? Non. Une blessure aussi profonde serait une punition trop grave pour la faute, très vénielle, d'un calcul mal fiût. c( Qu'est-ce que le remords, là où il ne peut y avoir, (( tout au plus, qu'un peu d'ignorance dans l'arith- <c métique du plaisir ^ ? »

669. Voilà, certes, des conséquences contre lesquelles va s'élever un sentiment universel de répulsion!.... Aussi nous en aurions fini, dès cet instant, avec Bentham, si nous étions de ceux qui voient la révélation inunédiate de toute application du juste dans leur propre conscience, ou dans la conscience d'un juge impartial, ou dans celle du législateur, ou dans la réunion des consciences, appelée autorité générale.... Nous nous contenterions de nous indigner des propositions contenues au numéro précédent : et tout serait dit.

Majis, lecteur, vous le savez, nous ne sommes point de cette école du sentiment, qui prend le cœur pour la raison. Attaquons donc plus directement, avec les armes de cette dernière, la règle du Benthamisme.

* Rossi, Traité de droit pénal,

* Id., ibid.

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