‹ Conscience et science du devoirChapitre 162 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. ^ LIVRE VH · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. ^ LIVRE VH

Pour cela, répétons, une fois de plus, que la sensibilité conseille toutes les directions : donc elle nepeutétre le guide pour en choisir une [Voy. tome I, n^^ 4S à 47).

Eh bien! que fait le Benthamisme? La décision que ne peut donner l'inspiration d'une sensibilité, il la demande à la résultante du choc de deux sensibilités! Si l'une d'elles est fortement excitée par le désir, et l'autre médiocrement émue par la souffrance que produira l'accomplissement de ce désir, le désir sera légitime ! . . .. C'est, comme l'a dit M. Rossi, « cona dure, de la force de la poudre, à la justice du coup « de canon*.»

Eh quoi! deux aveugles se dirigeront -ils mieux qu'un seul? Un peu moins mal peut-être, en se communiquant certains moyens de tâtonner Mais ils

ne se dirigeront pas bien ^ !

On ne fera jamais une équation morale avec ces propositions : Deux goûts dépravés produiront y par leur a^ccord, des actes honnêtes : Si un goût pur et un goût dépravé sont en lutte^ le plus fort des deux désirs qu'ils inspireront sera honnête.... Nous pou- Yons bien concéder que Uappréciation du degré de convoitise dans l'auteur d'un fait nuisible, et celle du degré de déplaisir dans la victime de ce fait, feront ▼arier la mesure du mal ; comme aussi l'appréciation du degré de dévouement dans l'auteur d'un fait utile, et celle du bien-être correspondant dans le sujet qui en profite, feront varier la mesure du bien. — Mais

1 Traité de droit pénale tom. I.

* Namquid potest cœcus cœcum ducere? Nonne ambo in foveam cadont? » (Saint Luc, cap. vi, $ 5, vers. 39.)

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on aura beau monter ou descendre les degrés de la mesure, on n'y trouvera pas le changement de l'objet mesuré. Amoindri, le mal ne devient pas le bien. Amoindri, le bien ne devient pas le mal. L'échelle du bien et celle du mal appuient leur base sur des points qu'il faut préciser. Ces points, le système utilitaire ne peut les fixer» puisqu'il les rend essentiellement mobiles*.

C'est à la raison à les déterminer. La raison? Dans les exemples donnés, que dira-telle? — Avant d'absoudre le bandit qui détrousse le prodigue millionnaire, elle demandera au bandit de prouver* que le prodigue fait bien de perdre, sans souci, l'argent qu'il pourrait employer à quelque usage bienfaisant, -r— Avant d'absoudre celui qui délivre le spléenique d'une vie dont il est dégoûté, elle lui demandera de prouver que le spléenique n'avait point une maladie qu'on pouvait guérir, ou que son âme était incapable d'apprendre à lutter plus énergiquement contre la mélancolie.

670. 3^ explication. — Limitation de l'intérêt tndividuel par l'intérêt général de la nation. — La formule de Bentham, appliquée à la lutte de deux intérêts individuels, a révolté, par les conséquences que nous venons de signaler, beaucoup d'esprits. Aussi a-t-on cherché à la modifier, en l'appliquant à la lutte entre deux autres intérêts, savoir : celui de la majorité et celui de la minorité des membres d'aune nation. — Le premier de ces intérêts, dit-on, est supérieur au

*■ Voir une réfutation bien £aite du système de Bentham, dans Ahrens Cwrs de droit naturel^ Introduction). *

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