‹ Conscience et science du devoirChapitre 163 sur 331 · PARTIE IV. ~ SCIENCE DD DEVOIR. — UVRE VH. iS · texte numérisé non relu

PARTIE IV. ~ SCIENCE DD DEVOIR. — UVRE VH. iS

second : le second doit donc céder au premier. Céder : le mot est inexact. Il faut dire : Le second doit se sau^ vegardery en s'absorbant dans le premier. En accep« tant cette condition, il est bien inspiré pour lui-même. Épicure faisait remarquer qu'en vain Tindîvidu a un intérêt présent à ne pas adopter le pacte social; il doit faire le sacrifice de cet intérêt présent, à l'intérêt beaucoup plus grand qui résulte pour tous {et par consé^ quent pour lui) de l'observation continue de ce pacte, source des éléments les plus grands du bonheur*.

En prenant ce point de départ, on pose cette formule : Un acte est juste, s'il produit, pour la majorité de la nation, plus de plaisir qu'il ne produit de peine pour la minorité. Il est injuste, s'il produit, pour la majorité y plus de peine qu'il ne produit de plaisir pour la minorité.

671. Nous élevons, contre cette formule, une première objection. Nous la tirons de la grande difficulté d'appliquer la formule elle-même. — Le législateur n'éprouve pas, en lui, toutes les impressions des gouvernés : il n'aura donc que des présomptions insuffisantes, pour essayer de deviner exactement les lois qui donneront, en fait, plus de plaisir à la majorité que de peine à la minorité. Que de chances d'erreurs, dans la liste des sacrifices qu'il demandera à la mhiorité, pour respecter le bonheur, si vaguement entrevu, de la majorité !

* Comparez le principe du droit naturel, d'après Grotius : « Quod ho- « minis naturae ration ali et sociali convenit ; » et d'après Puffendorflf : « Quod servat societatem, propter studium nos conservandi. »

(WARNKOiiviG, Doctrinajuris philosophica. Introduction, cap. m.)

672. Puis voici une seconde objection. — L'intérêt de la majorité des membres de la nation ne sera guère sauvegardé par cette troisième explication. En effet de deux choses Tune : ou cet intérêt demandera à la minorité des sacrifices partiels seulement» ou il lui demandera un sacrifice complet.

Demande-t-il seulement des sacrifices partiels ? Le principe matérialiste, base du système que nous expliquons, ne sera point renversé. La minorité pourra se résigner à restreindre sa part de bonheur; mais enfin elle eu gardera une part telle quelle* Quand les sensibilités individuelles seront condamnées à une souffrance modérée, au nom de l'utilité générale d'aujourd'hui» et avec la perspective d'invoquer à leur tour, demain, cette même utilité en leur faveur, on espérera qu'elles pourront avoir assez de prévoyance pour accepter le sacrifice compensé a par l'avenir et « par les chances ultérieures * . »

Mais l'intérêt de la majorité de la nation peut-il demander à la minorité un sacrifice complet ? Ce serait exiger un acte qui produirait, pour la minorité, plus de peine qu'il ne produirait de plaisir pour la majorité. — Alors que déciderale système matérialiste, expliqué par nous en ce moment : système qui veut réserver à chaque homme une part quelconque de bonheur ici' bas?.... Il défendra à la majorité d'exiger que la minorité se sacrifie entièrement pour elle ?

M. Rossi ^ ne s'est pas rappelé que le système ma-

* Cousin, cours de 1820.

« Traité de droit pénal^ tom. I*'.

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