‹ Conscience et science du devoirChapitre 164 sur 331 · PARTIE IV. «- SaENCE DU DEVOIR. — UVRE VU. 1S · texte numérisé non relu

PARTIE IV. «- SaENCE DU DEVOIR. — UVRE VU. 1S

târialiste suppose le maintien d'une part quelconque de bonheur pour chacun. Il accuse à tort le système utilitaire de produire logiquement cette conséquence : <c Seize millions de Français pourraient en éqorger « quatorze, si c'est leur intérêt ; puis neuf en égorger « quatre ; jusqu'à ce que, deux individus restant en « présence, l'un assommât Vautre à bon droit, si, par « hasard, le plus fort des deux avait le goût de la so- « liiude f » — ^M. Cousin a dit plus exactement : « Quand « il n*y a pas d'avenir, quand il s'agit de violer le con- « trat ou de périr.,, point d'autre vie, et la mort à > l'instant même!.... Si vous n'avez d'autres règles « que l'utilité, vous violerez le contrat * . . . Vous ronce verrez Régulus, d'Assas et saint Vincent de Paul « aux petites maisons, pour qu*un bon régime les « guérisse de la générosité ^ ! »

Ainsi l'intérêt général sera tenu en échec par la réclamation légitime du moindre individu, à qui l'on demandera le sacrifice complet de son existence.

673. A l'inverse (ceci produit une troisième objection), l'intérêt particulier ne sera pas satisfait par ce système. — La part de bonheur qu'on attribuera à l'individu, pourra être réduite jusqu'aux dernières limites. Pourvu qu'on lui laisse un atome de bien-être, il ne pourra réclamer ; n'en déplaise à la logique qui, dans l'ordre moral, assimile les mots rien et presque rien. Donnons un exemple que nous fournit riiistoii*e : « Aristote rencontre, sur son chemin, la grande ques-

*■ Cours de 1829.

« Le Vraiy le beau, le bien, 12« leçon.

«6 œNSCIENCE ET SCIENCE DD DEVOIR.

« tion politise de Fantiquité, celle de resclaYage» Apec pliquant (bien ou mal) le principe de l'utilité, il la a résout en faveur de l'esclavage *. »

674. Mais laissons ces objections. Attaquons plus directement la troisième explication proposée.

Cette explication contient le même vice que la deuxième. Elle fait résulter la lumière du choc des deux sensibilités, toutes deux relatives, mobiles, subjectives, comme dit Kant. En acceptant cette expli* cation , on se pose seulement cette question : La majorité de la nation se trouve-t-elle, en fait^ plus ou moins contente que la minorité ? On n'examine pas si celte majorité a, ou non, en droite absolument raison d'être cofttente.

Reconnaissons-le : le sentiment universel s'effraie moins de cette troisième explication que de la deuxième (ci-dessus, n^ 667). Pourquoi? Parce que l'impression d'un grand nombre de sensibilités, contraire h l'impression de chaque sensibilité isolée, ou contraire à l'impression d'une minorité de sensibilités, a plus grande chance d'avoir raison que l'impression d'une sensibilité isolée, contraire à l'impression d'une* autre sensibilité, isolée comme elle.

Mais, après tout, ce n'est qu'une chance! Il y a un immense danger h adopter cette devise : Salus populi suprema lex l Si la résultante du choc de l'intérêt d'un individu avec celui d'un autre ne démontre pas le devoir, pourquoi la résultante du choc de l'intérêt de deux, de quatre, de dix individus avec l'intérêt d'un

* CouBin.

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