PARTIS IV. -^ SQENGE DU DEVOIR. ^ LIVRE VU. MS
tout d'abord deux points de départ juxta-^posés : le devoir de l'humanité et le devoir de Vindividu.
706. Ce système signale également deux buts : un but collectif ei un but individuel.
But collectif : perfectionnement continu de l'espèce ici'^BAs. But individuel : aspiration de l'individu A une autre vie.
Et il arrive à Tunité du moyen : dévouement éclaire DE l'individu envers l'espèce.
707. l^^ partie de la formule. — But collectif : perfectionnement continu de V espèce icp^as. But in* dividuel : aspiration de l'individu à une autre vie. — Pour l'établissement de ces deux vérités, nous ne pouYODS que nous référer aux développements donnés précédemment, savoir : sur la question de la perfectibilité de l'espèce, dans les n^^ 421 à 440; sur la question de l'immortalité de l'âme, dans les n^Mll à 416.
708. 2' partie de la formule. — Moyen : dévouement éclairé de l'individu envers l'espèce. — En vain le troisième système représente le travail de l'homme comme destine à triompher de la nature et à améliorer la condition de l'espèce ici-bas : il n'encourage pas assez l'individu à contribuer à cette amélioration. Ed lui laissant la triste perspective de l'anéantissement complet par la mort, le salaire éphémère qu*il lui promet est bien médiocre. En le rémunérant si peu, il ne peut guère prétendre à exiger de lui le dévouement. — Tel est recueil où vient se briser le matérialisme progressif.
Mais si le spiritualisme progressif fait briller à l'horizon la lumière de l'immortalité, le travailleur n'a
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plus de raison de laisser retomber ses bras déooarages. Si, en remplissant sa mission de découTiir incessamment les secrets de la scieuce, il rencontre sur sa route un peu de plaisir el évite un peu de peine, il s'en félicitera : mais cet heureux accident n'est pas son but. Sa loi est : Fais ce que dois, advienne que pourra ! Si quelque bien passager lui échappe, il répète avec Job : « Dominus dédit, Dominus abstuUt
c< sit nomem Domini benedictum^ ï » Et il continue sa tâche, en acceptant la souffrance, dans l'espoir de la réparation ultérieure.
Le dévouement, même au prix du plus complet sacrifice, devient, dans le quatrième système^ le résumé logique du premier principe de la science du devoir.
709. Le synonyme exact de ce mot dévouement, suivant nous, c'est le mot vertu. — Toutefois, nous reuconti'ons encore ici des controverses.
Le mot vertu est employé dans divers sens. Tantôt dans une acception générale, on en fait un synonyme de justice^ j sans définir ni le mot justice^ ni le mot vertu. — Tantôt, par le mot les vertus^ on désigne toutes les subdivisions de la justice, sans définir non plus la justice, a Chaque vertu, dit Domat , c< est la pratique de quelque loi. » — Beaucoup de personnes se représentent, sous le nom de vertu y Tobservation d'un milieu entre des excès. On a même
* Job, cap. 1, 5 3, vers. 21.
* Suivant Plutarque {De la vertu morale), la morale n'a rien autre chose à proposer aux hommes que Injustice. — Suivant le philosophe Méné^ dëme, il n'y a qu'une seule vertu^ désignée sous des noms divers. — '{Noyet la Morale universelle de d'Holbach, sect. II, chap. iv.)
PARTIB IV. — SaENCE DU DEVOIR. — UVRE VH. Si7
attribué cette définition à Âristote '. — D'autres enfin appellent vertu l'habitude, devenue facile, de bien faire. « La vertu, dit Droz ^, si l'on ne veut employer a pour la définir que des idées admises par tous les c( moralistes, est une constante habitude de tempé- « rance et de bienveillance. »
Toutes ces définitions n'expliquent rien, ou sont inexactes. La dernière surtout nous parait diamétralement opposée à la vérité , en représentant la vertu comme le culte facile du bien, devenu sans mérite l'effet du tempérament ou de l'habitude.
A notre avis, c'est dans une voie toute contraire qu'il faut chercher le sens du mot vertu. Si nous étions partisan de quelqu'un des trois systèmes réfutés dans les trois titres précédents , et si nous voulions attirer l'attention par une forme paradoxale^ nous dirions que la vertu se distingue de la pratique du devoir, en ce qu'elle en est l'exagération. Nous aurions avec nous un philosophe moderne, qui a osé dire : ce Certains dévouements extrêmes sont des fautes « quelquefois sublimes^. » Mais vous nous arrêteriez, lecteur, avec raison, en nous citant cette phrase de Kant : € Le bien n'est pas plus susceptible d'excès, « qu'un cercle n'est susceptible d'êtie trop rond ! »
710. Parlons donc plus simplement, et aussi plus exactement. La vertu est l'acceptation complète, faîte par l'individu, du sacrifice de soi-même, dans l'intérêt
^ Tissot {Ethique, pag. 117) nie avec raison que l'équilibre entre des vices puisse constituer le bien.
* Philosophie morale, chap. iv.
^ Coasin, Le Vrai, le beau, le 6ien, ik^ leçon.
9I« OON0CIENCB BT flCDSIflSI DU DEVÛIR.
du bien de l'espèce. •**- La vertu, c'est le détouanent.
Acoomplir, aux termes du troisîème système eMeih sus (n*^ 690 à 609), sa part du collaboration , en suivant la loi 6l égalité proportionnelle y c*est s*aFréter à ravant«<-demier degré de la recherche du devoir. Prendre pour soi la part du prochain, quand il ne li remplit pas, et se jeter dans le gouffre de Tégolffine général pour le combler, si l'on peut, tout entier \ c'est arriver à la dernière limite du principe du devoir ; c'est comprendre le mot dévouement, et son synonyme vertu.