Notre être n'est-il qu'une succession d'êtres
parub IV. — sciracB ou devoir. — livre i. m
renouvelés, à toutes les minutes, par le contact avec ce qui les entoure? — Ou bien, sous ces transformations apparentes, y a-t-il une substance, distincte des modiiicatioDS incessantes dont elle est le soutien? a Non « contintio individuum alterum, sed continuo indivis « duum alteratum » (suivant l'expression de Leibnitz)? — Telle est la question désignée sous le nom de question de l'unité et de l'identité du moi.
Pour nier cette unité et cette identité, on insiste sur un fait incontestable; ce fait est la mutation continuelle des élémens physiques et chimiques qui se succèdent en nous, depuis le jour de la naissance jusqu à celui de la mort. c< La substance de notre corps ne demeure <K pas même en notre possession pendant un jour. (( Les molécules qui constituent nos organes, sont « dans un flux perpétuel. Celles qui s'y rencontrent « aujourd'hui, appartenaient hier à d'autres tourbil- (c Ions; elles retourneront demain au fonds commun ^x> Il faut voir, dans ces variations, celles de l'être entier, si les molécules du corps sont l'être entier.
Maisnevaut-il pas mieux, sonsFagrégationdeces molécules, soupçonner autre chose? Un je ne sais quoi, un et identique? Oui. Dugald-Stewart fait observer qu'une suggestion naturelle nous révèle ce fond d'être. — Non seulement nous avons la mémoire des actes consommés par cet être dans les années passées dont nous nous souvenons; mais nous avons (ce qui est autre chose que la mémoire) le sentiment de la durée de cet être dans nos premières années dont nous ne nous
' Jean Reynaad, Terre et Ciel, pag. 287.
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ET SŒlfCB DU DEVOIR.
sourenons plus ; et le pressentiment de cette durée même dans un avenir que nous ne connaissons pas encore. — Ce sentiment de la substance est constant, toujours égal; il n'a rien de la mobilité et de la diversité des perceptions tantôt faibles, tantôt fortes, que donnent les modifications que la substance éprouve. — Prétendra-^on que cette substance consiste dans rharmonie même de ces modifications? Impossible! répondra Platon : « Il n'appartient pas àTharmoniede précéder les a éléments qui la composent, mais de les a suivre *• » Or les éléments de notre vie sont Tactivité» la sensibilité, Tintelligence. Eh bien! l'activité ne donne-t-elle pas Vidée d'un point central de force? La sensibilité ne suppose-t-elle pas un point central d'ébranlement? L'intelligence surtout, l'intelligence peutelle se concevoir sans l'unité? — « Je ne suis pas mes a pensées, je suis ce qui pense ^. » Qu'est-ce que la connaissance? La réunion d'un sujet qui connaît et d'un objet connu. « Supprimez l'un des deux, le sujet (c ou l'objet, la connaissance périt tout entière ^. )>
412. Ëtant donnée l'unité et l'identité du moû faut-il en conclure son immatérialité? — Controverses sur ce point, comme sur le précédent.
• Voir le Phédon.
• Reid.
• Béiiard, Précit de philosophie (Psychologie, chap. vin).
« Je ne puis sans folie penser de mon ôtre et de ce que j'appelle moi, « qu*il puisse être divisé. Car ce fnot, s*il pouvait être divisé en deux, se- < rait moi' et ne serait plus mot. 11 le serait, puisqu'on le suppose ; il ne le « serait pas, puisque, chacune des deux parties devenant alors indépendante « de l'autre, l'une pourrait penser sans que Tautre pensât; c'est-à-dire que « Je penserais et ne penserais pas en même temps, ce qui détruit toute « idée de tnoi et de moi-même» » (LAROMiGuritRi.)