‹ Conscience et science du devoirChapitre 194 sur 331 · PARTIE IV. -^ 8G1ENGË DU DEVOIR. -^ UYRE VIL · texte numérisé non relu

PARTIE IV. -^ 8G1ENGË DU DEVOIR. -^ UYRE VIL

les peiues prononcées contre les infractions, etc.. Âpporteront-Us le même esprit à l'accomplissement de leur tâche?

Comment cela serait-il possible? Le premier aime l'individu en lui, et le méprise dans autrui : le second le méprise dans autrui et en lui : le troisième l'annihile, pour n'estimer que l'humanité : le quatrième seul a de la charité au cœur, à la fois, pour l'humanité et pour l'individu. Inspirés les uns par le pessimisme, les autres par un optimisme plus ou moins étendu, vont-ils établir leur puissance sur les mêmes ressorts? Que vont-ils préférer, notamment, entre ces moyens de gouvernement : force ou persudsion ? men* songe ou vérité?

Force ou persuasion ? — Le matérialiste stationnaire, qui veut tirer le meilleur parti de son passage éphémère en ce monde, se confiera beaucoup à la force, pour prévenir, de la part des gouvernés, toutes les attaques qui pourraient porter atteinte à sa tranquillité. — Le spiritualiste ascète voudra faire leur bien, en comprimant leurs passions avec énergie, pour les façonner àl'expiation. — Le matérialiste progressif, dans son empressement d'^aiTiver, s'il se peut, à un état meilleur de l'humanité, dont il aura sa part, considérera l'individu, suivant l'expression de Lamartine, comme une action numérotée. Aussi ne reculera-t-il pas toujours devant des mesures violentes, qui sacrifieront le bonheur de la génération présente au bonheur problématique de la génération future. — Moins impatient de l'avenir, parce qu'il a, dans le présent, charge d'âmes, le spiritualiste progressif pré-

S59 GONSCIBIfCE ET SGIENGE DU DEVOIR.

fèrera la persuasion à la force : pour procéder sârement aux améliorations sociales, il procédera lentement ; convaincu , comme FontenellCt ce qu'une idée ce nouvelle est un coin, qu'on ne peut faire entrer par « le gros bout * , »

Mensonge ou vérité ? — Ici môme dissidence. Comme le médecin trompe le malade inquiet, comme le pilote trompe les passagers pour leur rendre le courage d'aider à la manœuvre, le législateur pessimiste, pa^ tisan des deux premiers systèmes, ne se fera pas scrupule de conduire les hommes par des erreurs qu'il croira utiles. En vain l'éloquence sacrée ou pro* fane lui crie que « l'homme de bien a en horrreur a les paroles menteuses ^... » « qu'il hait, comme les a portes de l'enfer, celui qui dit une chose et qui en « pe7ise une autre ^... » « Tromper les peuples, dans (( la vue de les rendre meilleurs, est une action que ce tous les moralistes n'ont pas condamnée, et que des c< philosophes ont quelquefois hautement approuvée*.»

Le matérialiste progressif, et surtout le spiritualîste progressif, qui proposent pour but à l'homme la connaissance successive de la vérité, ne peuvent, sans se contredire, prendre d'autre moyen de législation que cette vérité elle-même ; à moins que d'insurmon-

*■ Helvétius attribue ce mot à Fontenelle.

* Prov., chap. xiii, vers. 5.

5 Iliade, liv. IX, vers. 312, 313.

* Comte, Traité de législation, liv. I, chap. viii.

Sans aller aussi loin que ces philosophes, nous avons reconnu nooflr même la nécessité d'une certaine prudence dans le choix des moyens de réussir (V. n" kl2).

Page 1