PARTIS IV. -^ SCIENCE DU DEVOIR. ^ UVRE VII. S
tables obstacles ne les obligent momentanément à en ajourner l'emploi.
c< L'ignorance est plus plaideuse que la science, » a dit Cicéron * : « Il sufQt de bien juger pour bien c< faire, d a dît Descartes ^. Le législateur spiritualiste progressif en conclut que (( la principale finesse doit • être de ne vouloir point du tout user de finesse. ^ »
Ne voyant de salut que dans la diffusion des lumières, il associe, autant qu'il est en lui, les gouvernés avec les gouvernants, pour tendre au perfectionnement du droit positif existant, par la recherche du droit positif mieux compris que nous avons appelé droit naturel. D'accord avec l'auteur d'une brochure, adressée^ en 1790, aux habitants des campagnes * : a II n'oublie jamais que^ lorsqu'on veut créer une ce plaine, ce n'est pas seulement la montagne qu'on c< abaisse, mais c'*est la vallée qu'on élève. »
725. Différence des conséquences produites, dans LA MORALE, par Ics quatre systèmes. — Ne laissons pas trop longtemps sur le trône nos quatre philosophes : leur humilité doit aspirer à descendre. Supposons qu'ils abdiquent, heureux de rentrer dans les rangs
1 c Potius ignoratio juris litigiosa est, quam scientia. « (De legibus^ 1, 6.) Marc-Aurële voyait aussi la source du mal dans Tignorance. « L'âge du mal est toujours un âge d'enfance. »
(J. Reynaud, Terre et Cieî^ p. 396).
> Discours sur la méthode^ liv. III. — Ajoutez, dans le même sens, plusieurs passages des lettres de ce philosophe.
Cumberland (Z}e legihus naturce^ cap. v, § 57) exprime la même opinion : < Mala enim omnia moralia fiunt per interventionem humanae ignorantiœ, « inadvertentise, temeritatis. »
» Descartes, Lettre vu à la princesse Palatine (d'après Platon).
♦ Laferrière, Histoire du droit français, tom. II, liv. vii, pag. 29.
«M COII8CIB!fCB ET SCIBIfCB DD DEVOIR,
de ceux qui n*ont qu*à obéir. L^, mettons^les en pré« sencc des devoirs complémentaires que In morale ajoute aux obligations sanctionnées par le droit.
Comment vont-ils marcher dans leur liberté ? Ils ont la faculté de choisir Temploi de leur vie. Il y a des professions périlleuses, où Ton peut rendre à l'humanité de grands services. Il y a des occasions où un seul homme peut faire, en s'immolant, le salut d'une nation. Vont-ils choisir ces professions? saisir ces occasions? Chimistes ou médecins, combineront-ils des gaz inconnus? Âspirei*ont-ils la mort dans la dissection des cadavres ) pour y chercher les secrets de la vie? Physiciens, voudront-ils tenter la direction des aérostats? Si Foracle demande qu'un citoyen se précipite dans un abîme pour sauver Rome, s'empresseront-ils de s'offrir?.. .
Le matérialiste stationnaire accusera de sublime folie Bichat, Montgolfier ou Décius. — Le matérialiste progressif les louera, mais les imitera peu. — Le spiritualiste ascète, s'il est conséquent, blâmera ces pénitents d'avoir abrégé leur pénitence en allant audevant de la mort. — Le spiritualiste progressif dira qu'ils ont accompli la loi suprême du devoir.
Charité bien ordonnée commence par soi-même.... Chacun pour soi, et Dieu pour tous. . . Ces proverbes abominables (du moins dans l'abus qu'on en fait) seront acceptés par les deux premiers, condamnés par les deux derniers de nos philosophes. — La propriété est-elle un droit qui permet la négligence , ou un devoir qui demande zèle et vigilance * ?. . . Entre le célibat
* Voir ci-dessu», n® 191.