PARTIE lY. — SCIENCE OU DEVOIR. — UVRE I
413. L'affirmation ou la négation de Tunité, de ridentité et de l'immatérialité de notre être, engendre l'affirmation ou la négation de Timmortalité de l'âme.
Le matérialisme, a qui ne croit plus à la vie quand « il ne sent plus battre le cœur ou frémir la fibre S » voit disparaître, avec la dissolution des organes» le souffle qui les a quelques instants animés^. Â l'entendre» tout honmie laisse seulement après lui « le souvenir a d'un hôle d'un jour qui passe ^. » L'oiseau entrant par une fenêtre dans la salle du banquet, et sortant
par l'autre, « de l'hiver repasse dans l'hiver Telle
a semble la vie des hommes sur cette terre ; son « cours d'un moment, comparé à la longueur du temps tt qui la précède et qui la suit *. »
Le spiritualisme pourrait lui-même, à la rigueur, arriver aux mêmes résultats que le matérialisme : il pourrait, tout eu admettant l'existence du principe immatériel en nous, craindre qu'il ne fût entré dans les vues du Créateur d'annihiler ou de reverser dans le fonds commun, au moment de la mort, ce principe possédé par nous viagèrement Mais il ne
s'arrête pas longtemps ù cette crainte, incompatible avec l'idée des perfections de Dieu. Le spiritualisme
' 1 Philosophie morale^ par M. Tabbé Bautain, t. U, partie théorique, $ 1.
* De sorte qa*OD peut dire de rbomme ce que Gcérou dit du porc : « Animam illi pecudi datam pro sale, ne putresceret. >
( De fine, bon, et mal.y lib. V. cap. xiii.)
s < Spes impii tanquam lanugo est, quœ a vento tollitur; et tanquam « spuma gracilis, qu» a procella dispergitur ; et tanquam fumus qui a vento « diffusus est ; et tanquam memoria hospitis unius diei prsetereuntis. »
{Sagesse, chap. y, S 2, vers. Id.)
^ Discours d*an chef northumbrien. (Thierry, Hist, de la conquête de V AngUterre).
nous conseille donc « de rendre le corps comme un
c( manteau ; de glisser avec sérénité, dans les bras
(( bienfaisants de la mort ^ ; » de voir sans terreur s'ouvrir «cette porte, qui, des quartiers pénitenc< tiaires, conduit à des quartiers meilleurs ^.)) Voyons conmient cette foi philosophique justifie ce conseil ^.
Et d'abord, nous dit-elle, si tout finissait sur la terre, quoi de plus misérable que la condition de l'homme, condamné à voir périr pour jamais tous ceux qu'il aime ? Écoutez cet accent sorti du cœur : « Ce sont mes amis, ô mort! que je ne te livrerai « jamais sans douleur ^! » Aussi la sensibilité instinctive croit à rimmortalilé. Elle appuie sur cette croyance la transmission du nom et des biens dans la famille, le culte de la mémoire de ceux qui ne sont plus, l'habitude de graver, sur leurs tombeaux^, l'expression des regrets et des espérances.
L'intelligence s'accorde avec la sensibilité, pour signaler la tendance vers l'infini. « J'aspire sans cesse, (( dit Descartes, à quelque chose de meilleur et de c< plus grand que je ne suis^. ))-~c<Que chacun exa-
« J. Reynaud, Terre et Ciel, pag. 302.
Socrate disait aussi : « Prenez confiance dans la mort! »
« J. Reynaud, ibid., pag. 377.
s Comp. Bénard, Précis de philosophie (Théodicée, chap. v).
♦ J. Reynaud, Terre et Ciel y pag. 377.
* « Quid procreatio liberorum? Quid propagatio nominis? Quid adop- « tiones filiorum ? Quid testamentorum diligentia ? Quid pia sepultorum « monumenta, quid elogia significant, nisi nos futura etiam cogitare? »
(Cic, TuscuL, 1, 14, QtDe finib, bon,, cap. xix etxx.)
6 Comparez Sénèque {De Senectute, cap. xxi) : « Quid multa? Sic mihi « persuasi, sic sentio : cum tanta celeritas animorum sit, tanta memoria « prœteritorum, futurorumque prudentia, tôt artes, tantae scientiae, tôt in- « venta, non posse eam naturam, quss res eas contineat, esse mortalem. •