PARTIE IV. — SCIENCE DO DEVOIR. — LIVRE IX
remet le pouvoir judiciaire à des ma^strats et à des jurés, au gré d'un grand nombre de distinctions sur la juridiction et la compétence.
797. L'histoire nous montre bien des constitutions différentes. Les diverses formes de ces constitutions peuvent être bonnes, dans leurs applications diverses, suivant les temps et les lieux. — On peut classer ces formes sous ces dénominations principales : monarchie, aristocratie, démocratie ; c'est-à-dire : gouvernement d'un seul, ou du petit nombre j ou du grand nombre.
798. La monarchie se subdivise elle-même en diverses espèces. — Le despotisme, ou puissance ab" solue d'un seul homme ; une royauté limitée par des Etats généraux, réunis de temps à autre, d'une manière intermittente; une royauté combattue par les prérogatives des parlements; une royauté en présence d'une assemblée unique; ou en présence de deux assemblées.... Yoiià, dans un même genre, des espèces fort différentes, qu'on voit apparaître aux diverses époques de notre histoire, et de l'histoire des autres peuples.
Des subdivisions analogues se rencontrent dans Y aristocratie. — Elle devient oligarchie, quand le pou- • voir se concentre dans un très petit nombre d'hcxnmes.
Ces subdivisions se rencontrent aussi dans la démocratie. — Celle-ci aboutit à Y anarchie^ quand le pouvoir est dispersé dans trop de mains.
799. Mais que ce la force générale soit placée dans « les mains d'un seul ou de plusieurs ^>, la mission de
t Montesquieu, Esprit des Im^ Ut. Il, diap. xxxy.
la faire agir est toujours une délégation faite à des fonctionnaires par la souveraineté nationale.
La désignation d'un pouvoir constituant régulier ne peut se concevoir que comme un acte de cette souveraineté.— Quant au pouvoir constitué j il est établi par le pouvoir constituant. Sa base indirecte est donc encore dans la souveraineté du peuple, telle que nous venons de la définir.
C'est à la sagesse du pouvoir constituant^ c'est à son intelligence de l'opinion publique qui l'a choisi, à déterminer jusqu'à quel point le pouvoir constitué doit se retremper, de temps à autre, dans des élections demandées à la souveraineté de la nation.
Nous disons : de temps à autre. La souveraineté ne doit pas être la souveraineté du caprice, procédant à tout instant par secousse, au risque de détruire toute société, ou du moins de transformer en véritable agonie l'existence, incessamment inquiétée, d'un peuple. La délégation que donne cette souveraineté, sainement entendue, doit être irrévocablement confiée pour une certaine période déterminée, jusqu'à nouvelle décision régulière.
800. Cette souveraineté elle-même, pour être raisonnable, doit reconnaître ses vrais éléments : l'intelligence et l'honnêteté.
L intelligence :\Jé%2X\ié des devoirs, proportionnelle aux aptitudes, refuse évidemment la responsabilité de diriger les actions d'autrui aux fous, aux enfants, dont la raison, malade ou incomplète, ne sait se diriger ellemême. On a même, jusqu'à ce jour, regardé en général