PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — UVRE X
leur moyen d'amener ces lecteurs ou ces élèves à faire, pour leur propre usage, ce travail intérieur de leur intelligence.
La méthode exégétiqne refuse d^exercer, à cet égard^ aucune initiative. Elle éclaircît, pour ceux qui écoutent le professeur ou qui lisent le commentaire, chaque détail de la loi, considéré isolément. Puis elle laisse ensuite à chacun le soin de constituer le système qui lui plaît. — « J'apporte, dit-elle à ses auditeurs, « des matériaux sur le chantier... Élevez vous-mêmes « l'édifice! » — Les partisans de l'exégèse s'honorent d'éviter ainsi l'orgueil du dogmatisme, et de respecter avant tout, dans tout disciple, l'inspiration dégagée de toute influence étrangère*.
Mais la méthode indépendante doute que ce soit assez faire pour Finlelligence inexpérimentée de l'étudiant ou du lecteur. Elle craint que le résultat de l'exégèse ne soit, pour celui-ci, Findifférence qui ne
< C'est le système que paraît recommander La Bruyère. Pour empêcher le texte de périr sous le poids des commentaires, voici le conseil qu*il donne aux jurisconsultes :
c ... Vous vous trouverez dans le cas où se sont trouvés les premiers c commentateurs. Vous n^eroprunterez leurs lumières et ne suivrez leurs « vues, que là où les vôtres seront trop courtes. Leurs explications ne sont
< pas à vous, et peuvent facilement vous échapper. Vos observations, au • contraire, naissent de votre esprit et y demeurent. Vous les trouverez c plus ordinairement dans la conversation, dans la consultation, et dans la « dispute. » ("Comp. Thémis^ t. II, p. 285.)
On peut citer, avec plus d'autorité, un homme plus compétent, d'Agnesseau. Dans les instructions qu'il donne à son fils, pour le guider dans ses études, le premier précepte qu'on trouve est celui-ci, qui parait incliner vers la méthode exégétique :
c ... La meilleure manière de se remplir des principes du droit est de € les étudier dans le texte môme des lois, beaucoup plus que dans les in-
< terprëtes, dont la lecture serait immense et peu utile, par la confusion « qu'elle met souvent dans les idées de ceux qui veulent savoir le droit par « autorité, plutôt que par raison... »
4M GONSCIENGE ET SGENGE DU DEVOIR.
cherche aucun système, bien plutôt que Tardeur delà liberté philosophique, qui trouve des forces dans sa spontanéité ^
Au risque de mal réussir, la méthode indépendante tente du moins répreuve. Elle est persuadée qu'une classification imparfaite aura plus de puissance que la nation de toute classification , pour apprendre à en trouver une meilleure^!
867. De ces deux méthodes, il faut en convenir, c*est la première qui a le plus généralement été suivie en France, pour expliquer nos codes.
Dans l'enseignement oral des Facultés de droit, presque tous les professeurs (sauf de rares exceptions) l'ont suivie.
Deux raisons expliquent cette préférence :
l*"® raison : Quand, il y a cinquante ans, le Code civil a paru, la nouveauté même de ce monument de législation appelait, avant tout, Texploration des détails de l'œuvre. Il fallait le lire et le relire cent fois, avaut d'en systématiser la pensée. Évidemment l'opportunité de l'exégèse était grande.
2« raison : Lorsque les écoles de droit, supprimées
^ Leibnitz incline à cet avis. C'est aux partisans de la méthode exégé- Ique que paraît s'adresser directement cette phrase de la Nova methodus t^ittndœ docendœque jurisprudentm (part. II, % 9) :
H Ils semblent s'ôtre imaginés qu'il fallait toujours suivre la méthode ois. Comme si elles exerçaient un empire sur la logique ! »
'Nous voyons tous les jours, dans la Faculté à laquelle nous avons l'honneur d'appartenir, les professeurs qui ont enseigné par l'exégèse, faire, au jour de l'examen, aux élèves, des questions dont la réponse demande des comparaisons d'idées. Ils veulent ainsi savoir si les élèves ont fait euxmêmes, dans leur esprit, le traité abandonné à leurs propres recherches. Il nous semble (sauf erreur de notre part) que, la plupart du temps, les élèves n'y ont pas même songé.