PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE X
la méthode indépendante enseigne avec plus de difficulté. — Elle demande plus d' efforts. Les perpétuelles répétitions que le commentaire ramène sur vingt articles où se reproduisent des idées analogues, le traité les résume en quelques mots, sous une règle d'une forme plus brève et plus nette *.
La méthode exégétique enseigne d'une manière plus fugitive. — Précisément parce qu'elle fait apprendre plus aisément. La trace de Timpression, bien vite dessinée, est bien vite effacée.
La méthode indépendante enseigne d'une manière moins fugitive. — Elle se confie plus au jugement qu'à la mémoire. Ses leçons, plus péniblement écoutées, se gravent plus profondément. Elles sont mieux retenues.
La méthode exégétique enseigne les préliminaires de la science : la méthode indépendante aspire au fond de la science elle-même. — La première insiste sur des renseignements très utiles ; mais ce ne sont que des renseignements. La seconde les combine et les coordonne.
Dans le commentaire, chaque partie de la loi paraît se présenter avec une importance égale. Toutes
de la relation du commentaire à l'article commenté, ont voulu en ajouter d'autres, par exemple, la mesure et la rime, comme dans le Jardin des racines gi'eeques.
On a mis en vers même le Code de procédure et les Chartes.
Leibnitz parle d'un ouvrage, Memoriale juridicum Bucksylberi^ où ce moyen était employé.
*^ Utinam imitarentur illos, quos citant et crêpant, jurisconsultes ve- « teres, qui,, paucissimis sœpe lineis, magnam argumentorum vim pres- « senmt ! Ego non dubito responso aliquo Ulpiani vel Sœvolœ, vix paginam « occupante, nostros illos bonos decisionarios supra decem plagulas im- « pleturos! * (Leibnitz.)
45S CX)NSCIENCB ET SCIENCE DU DEVCMR.
les lignes peuvent avoir Thonneur du même nombre de scholîes.
Dans le traité, au eoutraire, les articles de la loi se pèsent, plutôt qu'ils ne se comptent. Faut-il poser des principes fondamentaux? on donne de longs développements. S'agit-il de tirer de menues conséquences? on glisse rapidement. Une proportion exacte assure, à toutes les dispositions, la place que demande leur valeur. Elle donnera, s'il le faut, à un seul article, autant de pages qu'h deux cents autres réunis. Ainsi, les grands principes s'éclairent au foyer de lumière qui, placé au centre, projette ses rayons sur toute la circonférence.
Il est plus aisé de descendre dans la vallée que de. gravir la montagne. — Mais en prenant le chemin qui descend, on arrive à ne voir bientôt qu'un peu de ciel, encadré dans les premières arêtes des montagnes ; et, des montagnes elles-mêmes, on ne voit que les premières arêtes, qui cachent les plus élevées. — Si, au contraire, on monte vers le plateau, en acceptant un peu plus de fatigue, on voit peu à peu l'horizon s'étendre, le panorama se former :
c Jam mare Mus hàbet : plenos capit alveus amnes ; < Flumina subsidunt ; colles exire videntur .- « Surgit humus ' >
Cette comparaison ^ me parait indiquer exactement
* Ovide, Métamorphoses, liv. I.
s Leibnitz en emprunte une autre. Il compare l'exégèse à là Méditerranée, et la polémique à l'Océan. ^ {Nova methodus discendœ docenda^uejurisprudentiœ^ Pars specialis.)