‹ Conscience et science du devoirChapitre 30 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I

425. Rejet du i^ et du 2^ système. — Dans des jours meilleurs d'espérance, l'intelligence rejette à la fois et la thèse de la dégradation successive et la thèse de l'état stationnaire de l'humanité. Montaigne alors lui-même rit de ces esprits positifs « qui se donnent « l'avantage d'avoir, dans la tête, les bornes et les (( limites de la volonté de Dieu et de la puissance de €c notre nature ^ » Leibiiitz leur demande de quel droit « la douleur ou la volupté présente leur parait toujours la plus grande^? » et s'ils sont bien inspirés, quand, « ne voyant goutte dans cette grande lumière « du monde, ils aiment mieux, après la découverte du « froment, se nourrir de glands'*? » Enfin, un auteur moderne ^ les accuse de ne pas voir exactement le présent lui-même, « en rangeant dans l'impossible et dans « l'absurde ce qui les dépasse. . . sans prendre garde « que celui qui ne rêve pas la réalité telle qu'elle peut « être demain, ne la voit nullement telle qu'elle doit « être aujourd'hui. »

Ainsi prend naissance un troisième système, que Qous allons formuler.

426. 3® SYSTÈME. Perfectibilité de V espèce humaine. — Ceux qui admettent cette perfectibilité font consister en eUe la différence essentielle qui nous sépare des autres animaux. «Ceux-ci, ditHerder, se succèdent (( les uns aux autres ; mais de leurs générations on ne

* Essais, liv. I, chap. xxvi.

* Nouveaux Essais sur l'entendement humain.

s Nova methodus docendœ discendtBque jurisprudentiœ,

* G. Sand.

« voit pas s'élever une raison animale. » Un singe peut apprendre beaucoup ; mais ce qu'il apprend meurt avec lui. Au contraire, tout ce que Thomme individu découvre, devient un bénéfice acquis pour d'autres individus» qui l'entourent ou le suivent. Les fils reçoivent des pères, et transmettent à leur tour à leurs fils^ le dépôt, toujours grossi, des trésors de la science.

427. Pour appuyer cette théorie consolaute, on commence par montrer, dans le passé, l'histoire des progrès réalisés. — Puis on signale, dans le sens intime, la foi aux progrès à venir. — Enfin on montre la confiimation de cette foi par l'autorité générale.

428. Preuve de la perfectibilité de l'espèce, par l'histoire des progrès réalisés. —■ Et d'abord, le siècle témoin des merveilles de la vapeur et de l'électricité niera-t-il l'augmeii talion des moyens de jouissance? Puis, sous ces moyens augmentés de jouissance, est-il possible de méconnaître le développement de la science? « Ces vérités élémentaires de géométiie et d'astro- « nomie, qui avaient été, dans l'Inde et dans l'Egypte, « une doctrine occulte sur laquelle des prêtres ambi- (( tieuxavaient fondé leur empire,étaient, dans la Grèce, « au temps d'Archimède ou d'Hipparque, desconnaiscc sauces vulgaires enseignées dans les écoles commuc( nés. — Dans le siècle dernier, il suffisait de quelques « années d'étude pour savoir tout ce qu'Archimède « etHipparque avaient pu connaître. — Et aujourd'hui « deux années de l'enseignement d'un professeur vont <^ au-delà de ce que savaient Leibnitz et Newton ^» .

Condorcet, Diicours sur l'instruction publique.

Page 1