‹ Conscience et science du devoirChapitre 31 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I

Et les prc^ès de Tesprit de charité, les passeronsnous sous silence? Gomment le pourrions-nous? Nos études de jurisconsulte ne nous ont-elles pas montré, dans la suite des législations positives, un adoucissement continuel des mœurs? une perception de moins en moins grossière du bien moral, tantôt par une marche lente, tantôt par un élan si rapide que Mirabeau a pu dire : « La déclaration des droits de l'homme ne « sera que Valmanach d'une année * ? » — Que de vérité sérieuse dans cette bouffonnerie de Rabelais : « Je (( vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, « les palefreniers de maintenant, plus doctes que les « docteurs et prêcheurs de mon temps*. »

429. Preuvede laper fectibiliiéhumaine, tiréedusens intime. — Je trouve {Voy. 1. 1, n^ 65) dans les formes mêmes de mon intelligence, Tidée de cause finale de mon existence. La recherche de cette cause finale me préoccupe constamment. « Étudions ce que je dois faire ! » Voilà ce que je me dis sans cesse. Et je me mets à Toeuvre. Mais quoi! étudier, c'est faire! . . . Ainsi, par cela seul que je cherche ma cause finale, je Tai déjà trouvée, du moins provisoirement : cette cause finale, c'est le travail lui-môme, pour acquérir successivement la connaissance. — Cela posé, est-ce seulement pour me perfectionner moi-même, que je dévoue ma vie aux fatigues de la méditation? N^est-ce pas,

* « On a dit avec raison qu'il n'y avait pas d'homme nécessaire : il n'y a « pas même d'époque nécessaire; il.n'y a pas de peuple nécessaire.... Le « malheureux qu'engloutit un tremblement de terre sait bien que le gouffre « se refermera, que ses lèvres béantes seront cultivées et redeviendront « fertiles Il le sait et il meurt! » (Simon, Le Devoir, pag. A99, 500.

* Lettre de Gargantua A Paniagi^el (liv. II, chap, xwiii).

r,0 CONSCffiNCE ET SOENCE DU DEVOIR.

en outre, pour faire profiter de mes efforts ceux qui me survivront? Le lecteur, je l'espère, devine ma réponse... Ainsi, la perfectibilité collective, au moyen du travail, idée nécessaire du sens intime, m'est directement révélée par un acte de foi *.

430. Preuve de la perfectibilité humaine, donnée par l'autorité générale. — Du sens intime individuel, que nous venons d'interroger, passons aux révélations de l'accord du sens intime de tous. D'où vient ce soin attentif, pris par tous les peuples, de confier aux' inscriptions des monuments, aux récits écrits ou traditionnels de leur histoire, tout ce qu'ils croient utile de raconter aux siècles à venir? Qu'est-ce que l'existence de ces monuments, de ces traditions, si ce n'est l'attestation de l'humanité qu'elle a foi au progrès général? Écoutez chaque génération qui passe ! Elle tient le langage du laboureur, que Cicéron nous représente interrogé par Platon : «Pourquoi semez- vous, lui « dit-il? — Je sème pour les Dieux, qui, voulant que je « reçusse les biens de mes ancêtres, ont voulu aussi (( que je les transmisse à ma postérité ^.)>

431. Questions que fait naître le 3^ système. — D'accord sur la croyance à la perfectibilité de l'espèce

*■ Rien ne sert mieux la science que les aveux échappés involontairement à ceux qui désespèrent d'y atteindre. Écoutons le sceptique Montaigne, au moment où il déclare « qu'il appartient à une puissance supérieure de pos» « séder la vérité w

n a commencé par s'écrier auparavant : « Nous sommes nés pour ques- • ter la vérité » Et il ne s'aperçoit pas qu'il a affirmé ainsi toute la destination de l'homme. — Alors, une fois cette destination concédée, l'impossibilité de la remplir n'est plus qu'une pure hypothèse. (Voyez Essais^ liv. III, tit. 8.) — Comp. Charron, Sagesse, liv. II, chap. xiv.

' Pestel, Fundamenta justitiœ naturalisa traduit du latin sur la 2« édition (partie I, section vi, n*» 185).

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