‹ Conscience et science du devoirChapitre 32 sur 331 · PARTIE IV. ^ SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRÏ I. M · texte numérisé non relu

PARTIE IV. ^ SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRÏ I. M

humaine, les esprits peuvent se séparer sur deux questions qu'elle soulève, savoir : Quel est le point de départ de cette perfectibilité? quelle en est l'étendue?

432. i^ QUESTION. Quel est le point de départ de la perfectibilité de l'esjjèce humaine? — Les uns croient que l'espèce humaine, créée dans un état supérieur à celui où elle est aujourd'hui, a perdu cet état par une faute originelle. Ainsi, sa tendance au perfectionnement ne serait que l'effort pour reconquérir ce que lui a ôté Une déchéance méritée.

Les autres modifient cette tradition; ou plutôt ils la conservent, mais en l'expliquant. La condition primitive de l'homme au jour de la création, disent-ils, était un état, non de perfection, mais d'innocence exempte de vices*. Tel est l'étîit de l'enfant nouveauné : il ne commet point de fautes, tant que n'apparaissent pas les premières lueurs de la raison. — Mais au don de cet état dMnnocence se joignait celui de la liberté. Dès que cette liberté s'est manifestée, les fautes de l'homme ont commencé; avec elles ont commencé les travaux de la science, pour lui apprendre à éviter ces fautes, en réglant cette liberté. Ainsi la perfectibilité date du moment où l'homme, cessant d'être sans mérite ni démérite, a fait usage de sa raison. Aussi, l'histoire rationnelle des âges de cette perfectibilité elle-même, doit être l'histoire des opinions qui se sont succédé sur son existence. On peut les désigner ainsi : 1° âge anté-historique, où le travail matériel

* M. J. Reynaud ne voit nulle ressemblance entre .Vliomme, dans cet état, et le sauvage, rebut de Thumanité corrompue.

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lutte contre les obstacles, sans conscience encore distincte d'un but; 2* âge de la souffrance déjà plus réfléchie , essayant de se comprendre, et interprétant Fassujétissemeutà cette souffrance comme la punition d'une désobéissance; 3^ âge de Taspiration à la réhabilitation, entraînant un mépris exagéré de ce monde terrestre {rejice transitoria, et quœre œterna!); 4» âge de la croyance à la perfectibilité dans ce monde et au-delà [transitoriis quœre œterna !) * .

433. Au surplus, au point de vue du devoir, nous n'avons pas d'intérêt à choisir entre les deux solutions delà première question, que nous venons de signaler. Que l'homme, dès son premier jour, soit né pour une perfectibilité non interrompue, ou qu'une déchéance survenue ait été l'occasion d'une renaissance à cette perfectibilité, peu importe. Ces deux suppositions peuvent se disputer les traditions dupasse; mais, à l'heure où nous parlons, elles identifient leurs conséquences dans l'avenir. Que nous montions, ou que nous remontions vers un état meilleur, le but n'est-il pas le même? les moyens ne sont-ils pas identiques? La science du devoir, science du but et des moyens, ne trouve donc rien de préjudiciel dans la détermination rétrospective de l'époque précise où a commencé la perfectibilité. Il suffit de constater que l'être perfectible est à l'œuvre aujourd'hui.

434. 2® QUESTION. Quelle est l'étendue de la per^ fectibilité de l'espèce hunmine? — A cette question, trois réponses. — Les uns croient seulement à la per-

* J. Reynaud^ Terre et Ciel,

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