‹ Conscience et science du devoirChapitre 34 sur 331 · PARTIE IV. -i SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IV. -i SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I

a est gros deTavenir.» — Wolff n'apu trouver d'autre notion que celle-là, pour faire le lien systématique entre les diverses parties de la science. — Pascal a écrit cette comparaison : « La suite des hommes, pendant « le cours de tant de siècles > est comme un seul homme « qui subsiste toujours, et qui apprendrait continuelce lement ^ » Toute la philosophie du dix-huitième siècle s'est appuyée sur cette croyance ^. De nos jours, on Ta signalée comme contenue dans ces paroles de rÉyangile : « Ego in eis, et tu in me; ut sint consuma mati in unum ^. »

437. Par ce qui précède, nous savons comment le mot perfectibilité est entendu, dans la seconde réponse à notre seconde question. Il reste à nous demander le sens des adjectifs continue et limitée, employés pour qualifier cette perfectibilité. — Le mot continue ne caractérise pas ici le mouvement régulier d'une marche toujours égale. L'inflexible histoire nous montre des siècles qu'elle appelle de barbarie, s'intercalant entre des siècles de civilisation. Ces siècles ne ramènent pas la nuit au lieu du jour; mais ils sont comme des temps d'arrêt, oî^ les forces se reposent, pour reprendre ensuite, avec plus d'ardeur, le travail ébaudié. Il y a, pendant qu'ils durent, une

1 Pensées, — Pascal ajoute: «Ceux que nous appelons anciens étaient « véritablement nouveaux.... C'est en nous que Ton peut trouver cette an- « tiquité, que nous révérons dans les autres.»

Comp. divers articles de La Thémis^ tom. II, pag. 178 et 201; tom. m, pag. 197 et 201; tom. VIII, part. II, pag. 97.

* Voyez Gondorcet, Discours sur l'instruction publique.

» SainMean, chap. xvii, S 3, vers. 23. — Voyez Pierre Leroux, De l'humanité.

ombre partielle projetée sur certaines idées qui, antérieurement, avaient brillé d'une vive splendeur; mais, sous cette ombre momentanée, se cache la lumière de quelque autre idée naissante, dont bientôt le rayon viendra faire gerbe, en se réunissant aux autres *, rallumés par lui.

Veut-on représenter ce mouvement de l'espèce humaine par une image? Il ne faut pas substituer à la ligne circulaire , proposée par Vico , une ligne droite sur laquelle l'humanité marcherait, d'un pas toujours le même, les yeux fixés sur l'étoile polaire du monde idéal. Il faut emprunter d'autres métaphores. Les uns comparent la ligne suivie par la civilisation à la spirale qui ne semble s'abaisser que pour se relever constamment. Les autres préfèrent la comparer à la ligne que suit la navette du tisserand, se portant tour-à-tour de gauche à droite, mais en gagnant toujours du terrain ^

438. Quant au mot limitée, il indique, d'après les partisans de la seconde réponse, l'intention de ne rien

« * Lorsqu'une ère, fille de celles qui l'ont précédée, naît, chose étrange ! « les hommes prennent le deuil, et croient assister à des funérailles. C'est • qu'en effet ce qui naît, on ne le voit pas encore, et qu'on voit ce qui s'en « va.... Mais ignorez-vous donc que le cercueil et le berceau ne sont qu'une

« môme chose? Les générations des siècles de transition ressemblent à

A la poussière roulée par l'esprit de l'ouragan. Mais, nuage ténébreux ou « trombe qui dévaste, cette poussière retombe sur le sol, où, pénétrée des « feux du ciel, humectée de sa pluie, elle se couvre de verdure. »

(Lamennais, Amschaspands et Darvands, no» xii, xx, xxvi.)

« > Notre manière de marcher n'est qu'une chute continuelle de gauche « à droite, et pourtant nous avançons à chaque pas., » (Herder.)

« La pensée ne peut se connaître complètement qu'après avoir épuisé « toutes les vues incomplètes d'elle-même, et de tous ses éléments sul^itan- ( tiels successivement dégagés, éclairés par leurs contrastes, par leurs coniliations momentanées et leurs guerres mutuelles. » ( Coosin.)

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