‹ Conscience et science du devoirChapitre 45 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE n · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE n

mon individanlité proteste oonf re une abdication trop peu volontaire !

Interrogez, lecteur, les personnes les plus éclairées du siècle où nous vivons! Vous retrouverez encore, dans leur pensée, les traces opiniâtres de ces contresens. Qu'est-ce, pour ces personnes, qu'une législation ? Une réunion de quelques misérables détails sur la mitoyenneté des murs, la peine du vol ou de l'assassinat.... Un ensemble de ridicules chicanes de procédure..... Aussi r éluderont-elles sans regrets. Que dis-je ! Elles se glorifieront parfois de l'éluder. La loi véritable n'est-elle pas ce qu'elles appellent l'idéal de leur conscience? Quel idéal, hélas! Idéal d'esprits présomptueux, qui prennent le sentiment relatif du devoir grossièrement en! revu, pour la révélation absolue du devoir ! Idéal d'esprits illogiques, qui, plaçant le tableau a contre-jour, rêvent, dans une époque qui n'a jamais existé, une perfection imaginaire primitive, au lieu de la chercher dans l'avenir, où seulement on peut la poursuivre !

455. « S'appliquer, dit Klaproth, à connaître l'état « naturel de l'homme , en choisissant, pour objet de « ses considérations, un homme élevé parmi les ours a et les loups, c'est prouver Tagilité piopre et natuc( relie aux membres du corps humain en prenant uu « paralytique pour exemple... *. » Rossi ^ fait observer qu'on imite«ainsi Gondillac, quand, pour expliquer l'homme , il commence par imaginer l'homme-statue,

* Principeê de droit naturel (chap. v, $ 136).

* Traité de droit pénal.

Tt COxNSCIENCE ET SOENCE DU DEVOIR,

c*est-à-dire Thomme qui n'est plus Thomme. C'est procéder comme un chimiste qui voudrait décomposer Feau abstraction faite d'un de ses éléments, c'est-à-dire Feau qui n'est plus l'eau.

Rendons-nous à ces judicieuses réflexions. c< Un « noyau de cerise ne produit un cerisier que dans cer- «taines conditions*. » Pour créer un homme de la nature, ne commençons pas par oublier la nature de rhomme. Plaçons-le dans le milieu que lui fait la sociabilité. — Pour cela, ne nous contentons pas de considérer l'établissement de la société comme un moyen de protection cherché par chacun de nous contre la méchanceté des autres ^, ou comme un calcul d'utilité qui nous a engagés à nous réunir, comme la faim fait sorlir les loups du bois ^. — Reconnaissons purement et simplement le caractère essentiellement sociable de l'homme. Voyons Adam, aussitôt qu'Eve lui fut donnée, nous apparaitre tel qu'il est, c'est-à-dire constituant la famille : voyons ses descendants former la tribu , puis la nation , en couvrant un même

* Klaproth, loco citato,

* C'est, nous Tavons déjà vu (no* 157, 158), le système de Hobbes, analysé ainsi par Cumberland (De legib, naiurœ, epist. dedic.) « Hobbius ar- « matum introducit iegum interprètent, qui omnes legum nodos gladio « solvet. »

s Ce système serait déjà meilleur que celui de Hobbes. — « Hobbes, dit « Leibnitz {Nouveaux essais sur l'entendement humain)^ ne considérait c( point que les meilleurs hommes, exempts de toute méchanceté» s*uni- « raient pour mieux obtenir leur but, comme les oiseaux s'attroupent pour « mieux voyager en compagnie; et comme les castors se joignent par cenu taines pour faire de grandes digues..., des réservoirs d'eaux..., dans les- « quels ils bâtissent leurs cabanes, et pèchent des poissons dont ils se « nourrissent. C'est là le fondement de la société des animaux qui y sont <t propres et nullement la crainte de leurs semblables, qui ne §e trouve « guère chez les bêtes.

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