PARTUS IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE II
«ux-mêmes le culte de Vindividualité, qu'ils sont chai^ gés de combattre dans les masses. Despotes, oligar^ queSy anarchistes, ils profitent du pouvoir, plutôt que de le meure à profit pour l'humanité. « Pourvu a que la colonne lumineuse éclaire toujours la nuit de « leur désert, peu leur importe que la grande caraa vane arrive plus tôt ou plus tard à la terre pro- « mise * . » — Quant aux législateurs ignorants , ils subissent, de bonne foi, l'influence deserreurs philosophiques de leur époque. Alors le reflet de leur œuvre est proportionné à sa lumière. « Vingt siècles et six « conquêtes n'ont pas entamé la loi hindoue, ses habite tudes de sang , et ses révoltantes catégories. Le a contact journalier de l'Europe a glissé, sans péuéa trer bien avant, sur la loi islamite et ses farouches « défiances ^ ! »
Parlons, en second lieu, de l'imperfection des gouvernés. Eux aussi peuvent être égoïstes, et à un degré tel qu'il soit bien difficile de leur inspirer la charité. Eux aussi, ils peuvent être ignorants. Ne voit-on pas, par un effet de cette ignorance, les sauvages croire que la piété leur ordonne de tueries vieillards, quand, dans l'état de vie nomade, ne pouvant ni les emmener, ni
* Louis Reybaud.
« Et yobis legis peritis vas ! quia oneratis homines omnibus quse por* « tare non possunt, et qui uno digito vestro non tangitis sarcinas ! »
(Saint-Luc, chap. xi, § 7, vers. 46.)
« Vae vobis legis peritis, quia tulistis clavem scientiae, ipsi non introistis,
« .et eos qui introîbant, prohibuistis. » (Saint-Luc, chap. xi, § 7, vers. 52.)
t Vœ qui dicitis malum bonum et bonum malum ! Ponentes tenebras lu-
« cem et lucem tenebras ! Ponentes amarum in dulce et dulce in amarum ! »
(IsAiE, chap. V, § 8, vers. 20.)
* Louis Reybaud.
les nourrir^ ils ne veulent pas les laisser exposer à la faim, auK bâtes féroces, ou à l'ennemi?
468. En résumé, Timperfection du droit laisse à rindiyidu Foccasion de dépasser, dans sa conduite, les espérances du législateur, et le mérite de signaler à ce législateur lui-même ce qu*il y a d'incomplet dans son œuvre provisoire. — Voilà la première explication de la mission confiée à la morale.
2« PROPOSITION. — La direction individuelle appelée moralb est légitime^ parce que le droit ne peut, du moins provisoirement, être qu'imparfait,
469. Déjà, en cherchant les divers sens du mot liberté (tome I, n<» 129), nous avons signalé, comme un des défauts de Thomme, Timpatience de tout freip trop serré, quand même ce frein serait supposé salu« taire. Le législateur doit ménager cette impatience. Supposons qu éclairé par le génie, et devançant son siècle, un homme d'état comprenne, bien mieux que' tous ses contemporains, ,et jusque dans ses moindres détails, toutes les conséquences du bien moral : Que va-t-il faire? S'il essaye de transformer en lois positives toutes ces conséquences, il verra se briser à l'instant son pouvoir, par la révolte des gouvernés. Quand même il échapperait à l'émeute de la rue, il risquera de provoquer, dans les esprits, une opposition funeste : il les fera reculer, peut-être, dans la voie où il voudrait les faire avancer. — De plus, pour atteindre un mal, il pourra, par contre-coup, en produire un autre. Ainsi, par exemple, attaquer l'indifférence religieuse, n'est-ce pas courir le risque d'exalter le fanatisme?