PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE IL SU
Réprimer à tout prix certains désordres cachés» n'estce pas leur donner une publicité plus nuisible qu'utile?
470. Par ces raisons, l'Écriture nous représente Dieu lui-même disant aux Juifs : « Je vous ai donné « des préceptes qui ne sont pas bons * ; » ce que Montesquieu traduit ainsi ^ : « Je vous ai donné des précep- « tes qui n'avaient qu'une bonté relative. » a Avec la « même prudence, Solon bornait ses efforts à donner c< aux Athéniens les meilleures des lois qu'ils pource raient souffrir ^. » — Ainsi la détermination du point où doit s'arrêter la sagesse de la loi en posant
les principes dirigeants, est une des plus curieuses recherches théoriques de la science du publiciste^.
471. Si les penchants naturels, le besoin de la conservation, le désir de l'estime, le mobile de l'honneur peuvent suffire pour amener un résultat dési^ rable, le législateur doit s'applaudir de n'avoir rien à faire. Quel article d'un code a jamais ordonné de se nourrir ou de se chauffer ? « Le Décalogue renferme « le précepte d'honorer nos pères et nos mères, et « non pas celui d'aimer nos enfants ; la nature nous « a préparés elle-même à remplir ce devoir*. » On sait que des sectes d'économistes, pour accroître la richesse des nations, demandent seulement aux gouvernants de laisser faire et de laisser passer ^ comme Fabeille, quand on lui a donné la ruche, demande seule-
* Ézéchiel, chap. xx, vers. 25.
* Esprit des lois, liy. XIX, chap. xxi.
' Plutarque, Vie de Solon, — Montaigne, Essais, liv. III, chap. ix.
* Rossî, Traité de droit pénal, passim. ' Adam Smith.
ment qu'on ne la trouble pas. Le mot de Diogène k Alexandre est le mot de Findustrie à la loi : « Ote-toi
a de mon soleil ^ . »