‹ Conscience et science du devoirChapitre 83 sur 331 · PARTIE IV. <- SCIENCE DU DEVOIR. — UVRE IH. iS · texte numérisé non relu

PARTIE IV. <- SCIENCE DU DEVOIR. — UVRE IH. iS

Imstructioii publique, tes articles de nos codes sur la puissance paternelle, et mille autres dispositions juridiques, sont des applications préventives du droite contre les écarts de la pensée.

Le droit a aussi, à plus forte raison, contre la pensée, des lois répressives. Un mineur de seize ans est déclaré auteur d'un crime ; mais il est acquitté, comme ayant agi sans discernement. Le tribunal ordonne, dans l'intérêt de ce mineur, qu'il sera retenu dans une maison de correction, jusqu'à sa majorité. En autorisant cela, sur quoi l'article 66 du Code pénal étend-il son empire? Est-ce sur l'action commise? Non. Elle a été déclarée innocente. C'est donc sur la pensée que cette action indique : sur la pensée, qui incline au mal, et qu'il faut essayer 4e reformer par une instruction salutaire.

Autre supposition. Un père, usant du droit que lui donne l'article 377 du Code Napoléon, demande au président du tribunal d'emprisonner, pendant six mois, sou fiis âgé de plus de seize ans. Il allègue, comme motifs graves^ l'habitude qu'a son fils de s'abandonner à des projets vicieux, qu'il ne traduit pas encore en action, mais dont il no repousse pas la conception. Ce père sera-t-il nécessairement repoussé par le juge ? Je n'en crois rien * . Et pourquoi le croirais je ?

f « On punit la tentative, dit M. Simon, quoique la société n'ait reçu • aucun dommage. » — S'il était vrai que la société n'ait reçu aucun dommage, que punirait-on alors dans la tentative? La pensée déclarée par cette tentative.

Du reste, il n'est pas vrai de dire que la société n'a reçu aucun dommage. Un de ses membres a employé son temps à corrompre, en lui, un des instruments du bonheur social.

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 bien examiner les choses, s'abstenir de reffort de se rendre meilleur, employer pour se corrompre, le temps donné par Dieu pour prendre de bonnes habitudes, c'est commettre une infraction au devoir, qu'on peut ranger parmi les plus coupables. Rarement, il est vrai, le droit pourra la s^sir; mais, quand il la sai* sira, c'est suivant les cas qu'il y aura à examiner s'il doit la frapper ou l'épargner.

En résumé, nul motif rationnel n'oblige le iégis-i lateur à laisser uniquement à la morale le soin de punir la désobéissance de la pensée. Citons en ce sens l'autorité grave de Leibnitz : « Ce ne sont pas seulece ment, dit-il, les actions extérieures, mais encore c< toutes nos affections qui sont dirigées par la régie, « très certaine, du droit. — Une bonne philosophie stir « le droit y a égard non seulement à la tranquillité hucc maine, mais encore à l'amitié divine, dont la pos- « session nous promet une félicité durable. Nous ne c< sommes pas nés pour nous seulement; mais les auc< 1res hommes peuvent prétendre à une partie de c< nous-mêmes, et Dieu a droit sur nous tout entiers * . »

622. Ainsi nous repoussons en principe ces quatre systèmes, qui distinguent les objets du droite et les 06jets de la morale, par des caractères essentiels. — Toutefois nous ne refusons pas d'en tirer quelque parti. Nous pouvons y trouver plusieurs bons conseils, dont le pouvoir social, en l'état actuel de la civilisation, fera bien de profiter. Oui : le législateur, s'il est prudent, s'il connaît bien l'humanité, réglera plu-

i Leibnitz, Monita quizdam ad Puffendorffli principta.

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