‹ Conscience et science du devoirChapitre 92 sur 331 · PARTIE IV. — 0CIENCE DU DEVOIR. — LIVRE m · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — 0CIENCE DU DEVOIR. — LIVRE m

5S6. Mais passons aux chapitres III et lY, où Montesquieu annonce des exennples détaillés de lois civiles contraires à la loi naturelle. Oh! certes» il a beau jeuy en les choisissant ! Les lois civiles qu'il cite sont abominables! Nulle part et jamais la raison ne les approuvera. — Mais encore une fois qu'est-ce à dire? Le droit positif now approuvé par la raison devient le non-droit. Si ce droit positif est ainsi Yinjuête, et si le droit naturel est \e juste, oh ! certes, la différence entre eux est tranchée Mais la distinction, ainsi formulée, devient puérile. — Pour lui rendre un aspect sérieux, il faut supposer que le législateur a voulu réaliser le droit, c'est-à-dire le juste, dans le droit positif. — En un mot, pour que je conçoive deux droits, l'un naturel, et l'autre positif, il faut qu'on me montre deux règles du juste, approuvées toutes deux, à divers titres, par la raison.

537. Montesquieu avait trop de génie pour ne pas s'en apercevoir. Aussi, dans le chapitreY, qu'il intitule ainsi : Cas où l'on peut juger par les principes du DRorr CIVIL, EN MODIFIANT Ics principes du droit naturel , il admet que le droit positif (digne d'être approuvé) peut s'écarter du droit naturel. Le voilà enfin au cœur de la question. — Suivons-le donc dans les exemples qu'il apporte.

!«' EXEMPLE. — « Une loi d'Athènes obligeait les « enfants de nourrir leurs pères tombés dans l'indi- « gence. Elle exceptait ceux qui étaient nés d'une (( courtisane S ceux dont le père avait exposé la pu-

* Plutarque, Vie de Solon.

« didtë par un trafic înfôme, ceux à qui il n'avait « point donné de métier ^ pour gagner leur vie. »

ce La loi considérait que, dans le premier cas, le « père se trouvant incertain , il avait rendu précaire «son obligation naturelle; que, dans le second, H « avait flétri la vie qu'il avait donnée, et que le plus H grand mal qu'il pût faire à ses enfants, il l'avait fait tt en les privant de leur caractère ; que, dans le troi* a sième, il leur avait rendu insupportable une vie qu% « n'avaient aucun moyen de soutenir. — La loi susce pendait l'obligation naturelle des enfants, parce que « le père avait violé la sienne. Elle n'envisageait plus « le père et le fils que comme deux citoyens, ne atace tuait plus que sur des vues politiques et civiles. Elle « considérait que, dans une bonne république, il faut a surtout des mœurs. »

Yil-on jamais raisonnement plus singulier? — Les enfants d'une courtisane n'ont pas de raison de penser que tel homme soit, plutôt que tel autre, leur père. • • Et c'est par exception au droit naturel, qu ils ne doivent pas d'aliments à tous ceux qui ont cohabité avec leur

mère? Eh quoi! le droit naturel les oblige-t^il

donc à nourrir tout homme qui peut être leur père?

Les enfants à qui leur père n'a pas donné de profession, n'ont pas le moyen de se nourrir eux-mêmes;

donc le père, en faute, leur doit des aliments Et

c'est par exception au droit naturel, qu'ils ne doivent pas d'aliments à leur père?..... Eh quoi! le droit na^ turel les oblige-t*il donc à l'impossible? c'est-à-dûre à

A Platarque, Vie de Soion, — Gallien, m Bxhori, ad art, ^ chap. Tni.

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