PARTIE nr. — SaENCE DU DEVOIR. — UVRE III
concession, il détruit sa liste; que le droit naturel cesse d'être r ensemble des articles de cette liste, pour devenir la limitation de ces articles.
847. Démontrons cette vérité en examinant les principaux droits naturels qu'Ahrens reconnaît.
Et d'abord, sur le droft a la vie, acceptons Thypothèse qu'il donne du manque de vivres. — Supposons qu'il y ait trop peu de provisions, pour que les aliments partagés soutiennent l'existence de chacun des partageants L'auteur accorde que le droit de chacun à la vie sera remplacé par le devoir, imposé à tous, de mourir ensemble. — Par cela même, le droit à la vie est effacé, dans sa qualité de droit absolu.
Sur ce même droit, autre hypothèse. — Votre vie est attaquée par un injuste agresseur. Ici Ahrens, il est vrai, maintient la qualité absolue du droit à la vie, en vous défendant de tuer cet agresseur, même pour
DÉFENDRE VOTRE PROPRE EXISTENCE* Mais BU Cela,
lecteur, vous le savez , il est démenti par le sentiment presque universel du genre humain. Demandez-vous ce que vous en pensez vous-même? Probablement vous n'admettrez pas que le droit, appartenant au bandit, de conserver une vie malfaisante, doive l'emporter, dans la lutte, sur le droit qui vous appartient de conserver, contre son atiaque, votre propre vie innocente ou utile!
Quant au droit a l'égalité, l'auteur, en le donnant, le retire en grande partie. — En effet, il distingue : 1 ^ légalité fondamentale des dispositions et des
1 Partie spéciale, première division, chap. i, pag. 277, 278.
168 CONSOENGE £T 8C1EMCE DO DEVOIR.
facultés; 2^ l'inégalité de développement et dapplù cation ; 3* légalité de dignité de toutes les branches de l'activité sociale ^ — Nous l'en félicitons. Mais qu'en résulte-t-il? C'est que le droit naturel d'égalité disparait, pour faire place à la limitation supérieure de certaines égalités par certaines inégalités.
Serons-nous plus heureux à l'égard du DRorr a la LIBERTÉ? notamment à la liberté d'action? — £h quoi! votre sentiment, lecteur, ne sera pas la stupéfaction, en présence de cette phrase : « On doit attendre les actes» « pour réprimer les abus de cette liberté. Il n^est pas c< PERMIS de prendre des mesures préventives spécia- • les ^ ! » Ainsi je vois un fils coucher en joue son père. Si le droit positif me permet d'arrêter le bras de ce fils, le droit positif violera le droit naturel? C'est ce que répète positivement, après Ahrens, M. Eschbach : « Personne n'a le droit d'empêcher d'agir celui qui c< veut commettre une action immorale '\ »
Par contre : « Le droit ne force aucun homme de « faire ce qui est un bien pour lui seul! »
Ah! assez de cette logique! Les conséquences nous montrent ce qu'il faut penser du point de départ !
* Ahrens, partie spéciale, î'*' division, p. 203. — Voir ci-dessus, n« 540.
• Id.,ibid.,n» 242.
' Cours d'introduction générale, partie I, cliap. i, section 1, n<* 1, pag. 35.
M. Cousin est moins résolu : « Je n'ai pas toujours le droit de vous em- « pécher de faire une faute » Pas toujours donc je Vsâ. en principe.— En effet, nous lisons un peu plus loin : « Nous pouvons agir sur an- « trui, même par la menace, quand nous voyons un de nos semblables « s'engager dans une action criminelle ou insensée. Nous avons même le « droit d'employer la force, quand la passion emporte la liberté, et fait dis- « paraître la personne. C'est ainsi que nous pouvons, que nous devons « empêcher, par la force, le suicide d'un de nos semblables. >
{Le Vrai y le beau, le bien, 15« leçon.)