‹ Conseils aux acheteurs de chevauxChapitre 23 sur 62 · CONDITION · texte numérisé non relu

CONDITION

Le mot condition a différentes significations, selon la personne qui l’emploie : Le marchand ou le vendeur vous dira que le cheval doit être dans une bonne condition avant qu'il puisse êlre présenté pour la vente; puis l'acheteur à son tour, s’il a quelque connaissance en fait de chevaux, dit que le cheval doit être mis en bonne condition avant qu'il soit mis au travail. Pour les personnes peu au courant des affaires d’écurie, il y a là beaucoup d’amhiguïté; elles ignorent qu'il y a une grande différence entre la condition pour la vente et celle pour le travail. Le marchand ne s'inquiète que de l'apparence de l’animal, il cherche à lui procurer un poil lustré et fin, une carcasse bien fournie, une légèreté etune ardeur

sous l'influence de laquelle il cabriolera et -pa-

MR. As

radera comme s'il était doué d’une vigueur et d'une activité surprenantes ; voilà tout ce que le vendeur tient à obtenir. C’est l'apparence du cheval qui seule en détermine le prix; les dispositions du cheval au travail et ses aptitudes sont sans importance pour la transaction; elles ne sont mises à l'épreuve que lorsque le cheval est vendu. Tout homme de cheval sait qu’une bête qui a été parfaitement maquignonnée, et à cet effet tenue dans le repos et abondamment nourrie, est préparée pour la montre ; dans les écuries du vendeur, le cheval esttenu oisif pendant plusieurs semaines; pendant ce temps on lui donne de grandes quantités de nourriture bouillie, et même quelques médicaments pour pousser à l'engraissement. Si dans cet état on voulait lui faire entreprendre un voyage, il commencerait sa route comme s'il ne devait jamais être fatigué; mais après avoir fait quelques milles, il serait tout à fait hors d’haleine, ses pas seraient chäncelants, sa peau couverte d’une écume épaisse ; un travail un peu prolongé l’épuiserait complétement el

lui causerait un tort irréparable. Un cheval dans

nebe es

PRET Tr

cet élat est qualifié mou, fade, préparé pour le marché, et mis hors de condition, c’est-à-dire hors de celle qu’il faut pour le travail.

Mauvais soins données par l'acheteur. — Des centaines de chevaux ont élé ruinés ou détruits dès le premier voyage qu'on leur a fait faire après l'achat; leur nouveau propriétaire oublie que pour exiger d’un nouveau cheval, ne fût-ce qu’un travail modéré, il faut qu'il y soit préparé graduellement et par un système continu de traitement. Faute d’avoir pris ces précautions on ruine son cheval. On poursuit le vendeur pour le prix outré de la vente, et il s’est trouvé des juges assez ignorants pour rendre leur verdict en faveur de l’acheteur imprudent. L'histoire de ces faits est succincte et presque toujours la même : le cheval paraït en bon état au moment de la vente, on lui fait parcourir attelé ou monté quelques milles au dehors de la ville, il est épuisé avant d’avoir terminé sa course et c'est à peine s’il peut regagner l'écurie; il languit quelques jours sous l'absurde traitement du groom ou du

maréchal vétérinaire ; il finit par mourir. Le ma2-

réchal vétérinaire fait l’autopsie, il trouve les poumons toui noirs, déclare qu'ils étaient pourris et que le cheval devait être malade depuis longtemps; les parties en appellent aux tribunaux; le témoignage du maréchal vétérinaire, du groom et d’autres aussi ignorants, décident la question, et le vendeur est très-injustement obligé de rendre le prix du cheval et de payer les frais. Dans des jugements de cette espèce, il y a tou- Jours deux des parties qui font erreur, et même quelquefois trois. La première est l’acheteur, qui s'attend à ce que le cheval qu’il achète pourra lui rendre des services pour lesquels il n’a pas été préparé. La seconde est l'autorité légale qui se fonde sur le témoignage du maréchal-expert, du vétérinaire ou du groom, ou de tout autre témoin, sans s’enquérir s’ils sont ou non capables de rapporter d'une manière loyale ce qu'ils ont vu. La troisième partie qui fait érreur est le ven- : deur, qui aurait dû envoyer un ou deux médecins-vétérinaires pour faire l'examen du corps, s'assurer des causes de la mort, et se rendre compte si celle maladie existait avant, ou si seu- …

lement elle s'était produite après la vente ; dans ces circonstances, c’est à leur témoignage, et à aucun autre, que l’on devrait s’en rapporter pour juger l'affaire.

Le marchand ou vendeur n’est pas à blâmer ; il n'entend point vendre son cheval dans une bonne condition pour le travail, tout au plus il garantit qu'il est en bon état de santé, exempt de vices et bien dressé; s’il avait entendu vendre l'animal dans une bonne condition d'exercice immédiat, ce que l’on pourrait appeler condition de travail, ce serait autre chose pour le vendeur et pour l'acheteur; d’abord le prix ne serait pas le même, et, dans plusieurs circonstances, il pourrait être doublé ou plus que doublé; tout chasseur de renard sait apprécier la différence qui existe entre un cheval en bonne condition pour cet exercice et celui qui ne l'est pas.

Nimrod, si célèbre par ses lettres sur les chevaux de chasse, connaissait bien la valeur de ce que l’on entend par condition d’un animal bien préparé pour le travail. «Il y a environ six se-

maines, dit-il, une feuille de papier blanc me fut à 6,

présentée par un gentilhomme possesseur d'une meute, avec prière d'y inscrire moi-même son chèque (c’est-à-dire le prix que je fixerais moimême) sur son banquier qu'il signerait pour prix d'une jument, qui est certainement un modèle d'entrainement, en ce qui concerne la condition d'un cheval de chasse; offre que je refusait, lui répondant que j'accepterai volontiers le prix qu'il m'offrait pour la jument, mais que je ne voulais pas me séparer de son excellente condition au travail. » Remarques sur la condition des chevaux de chasse, 1834.

Îl ne peut être contesté que le vendeur est autorisé à engraisser et maquignonner son cheval avant la vente, dans le but de lui donner une bonne apparence ; il a, comme tout marchand, le droit de rendre sa marchandise attrayante, et c’est un usage mis en pratique dans tous Îles pays, et qui n’a jamais été prohibé par les autorités légales; si c’est une supercherie en ce qui concerne le marchand de chevaux, elle-esi sans aucun doute bien partagée par tous les autres

commerçanis.

- On peut s'assurer de la condition d'un cheval par son apparence générale, et de sa tenue par les renseignements que l’on pourra obtenir sur le travail qu’on a exigé de Jui pendant les semaines ou les mois précédents, mais surtout par une épreuve immédiale. Un cheval qui a été préparé pour la vente est gras et dodu, mais sa chair est tendre et molle, ses côtes sont bien recouvertes, et l’on ne peut aperçevoir nulle part la forme et l’action de ses muscles ; au moment où il sort de l'écurie, et lorsqu'il court pour être vu par l’acheteur, il est très-inquiet, empressé de courir ; il piaffe, 1l rue en bondissant à gauche et à droite ; mené sur la route, il part avec plaisir et ardeur, mais avec trop d’impatience : il exige le frein plus que l’éperon ; cependant sa vigueur est de courte durée, il est promptement hors d’haleine, etsilon continue cet exercice, il est bientôt couvert de sueur ; une écume blanche, marque d’un cheval faible, lui couvre les côtes, ei le cavalier sent et entend le cœur lui battre avec violence et rapidité; longtemps même après cet exercice, le cheval continue à transpirer et il est difficile de le sécher.

Il n’en est pas de même du cheval mis dans une condition de travail ; celui-ci peut être ardent au sortir de l'écurie, mais il y a de la grâce dans son ardeur; le mouvement de ses membres et de toutes les parties de son corps est parfaitement en harmonie; on neremarque nulle part de la résistance, comme si l’un de ses pieds n’avait rien de commun avec les autres ; chaque mouvement est précis, énergique et rapide. Il pourra aussi, s’il a été oisif pendant quelques jours, être impatient dès qu'il est monté, mais 1l agit comme sil avait conscience qu'il a une fongue course à fournir, et dépense peu ou point de temps en gambades inutiles au départ. La distance qu'il parcourt et la rapidité de son allure, avant qu'il ne donne quelques symptômes de fatigue, indique ce qu'il peut faire, et ces symptômes sont, comme nous l’avons déjà dit, la rapidité dans la respiration, transpiration écumeuse, démarche incertaine et ralentissement graduel d’allure. Ces signes se reconnaîtront, comme de raison, à tous les chevaux soumis à un travail

très-rude, mais ils apparaissent beaucoup plus

tôt chez un cheval en mauvaise condition de travail que dans celui qui est dans une bonne condiion. Néanmoins le caractère de la transpiration n’est pas le même chez les deux chevaux : elle est écumeuse et gluante chez le cheval non préparé au travail, tandis que, dans celui qui y aura été préparé, elle sera transparente et moins adhérente ; elle mouille simplement le poil, ou en découle en gouttes claires, après quoi la peau est de suite reséchée et parfaitement nettoyée, tandis que, dans le premier cas, les chevaux sèchent difficilement, et les poils restent adhérents. Il y a des exceptions dans le cas où le cheval a été mal entretenu et pansé avecnégligence; aussi, lorsque le cheval aura fait une longue course sur une roule poudreuse, la poussière, mêlée à la malière produite par la transpiration, forme une sorte de substance pâteuse qui se durcit en sé-

chant, et réunit les poils en masses compactes.

Es taf

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