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PARESSE ET ÉNERGIE

À moins que le cheval ait le goût du travail, peu importe quelle soit la puissance de sa force, ou sa bonne conformation. Il y a des chevaüx doués de formes sans reproches, qui sont en parfait état de santé, sans aucun vice, et qui à la vue sont de superbes bêtes; mais quand on les essaye, On trouve que ce ne sont que des rosses. Les uns vont assez bien pendant un mille ou deux en commençant; mais, cet espace une fois parcouru, ni l’éperon ni le fouet ne pourront leur faire activer leur allure nonchalante, qui n’est encore maintenue qu’à force de l'exciter par le fouet; souvent ces chevaux vont plus vite en retournant à l'écurie, sans cependant y mettre beaucoup d’ardeur. D’autres, s'ils sont accompagnés par un cheval plus ardent, sortiront par-

fois de leur habituelle apathie pour prendre ce | qui pour eux est le plus haut degré de la vitesse; mais, s'ils s’arrangent pour ne pas se laisser devancer, ils n’ont pas l’ambition de prendre la tête, et si leur compagnon dépasse un degré de vitesse dans son allure, ils ne sont pas fâchés de rester en arrière. [Il existe divers degrés de paresse : il y a des chevaux que ni la compagnie, ni l’approche de l'écurie, ni les corrections ne peuvent réveiller de leur léthargie ; un cheval de cette espèce peut faire sa besogne, s’il n’est jamais exigé de lui qu’il force son pas; mais il ne faudra pas l’atteler avec un autre cheval, car il saisirait l’occasion de se laisser traîner plutôt que de prendre sa part du travail, et il n’y a pas de danger que le collier lui écorche jamais les épaules; il semble ne rien sentir, il montre aussi peu de souci des coups de fouet que s'il était cuirassé. Les coups d’éperon peuvent l’éveiller, mais ce . n’est que pour un moment, il saute alors en avant pendant quelques pas comme s’il avait envie de prendre une meilleure allure, il franchit lestement quarante à cinquante mètres et puis re- -

prend son pas ordinaire ou plus lent que jamais, comme s'il croyait que cet effort momentané lui donne droit à votre indulgence future : mieux vaut voyager à pied que de monter une bête aussi incorrigible, car il faut un travail sans relâche de là main et du talon pour l'empêcher de sarrêter sur place. Un cheval paresseux ne peut le plus souvent être reconnu que par l’essai ; mais, dans plusieurs circonstances, ses dispositions favorables ou défavorables au travail pourront plus ou moins être appréciées même avant l'essai. Le cheval paresseux a ordinairement l'œil petit et enfoncé ; on l’appelle œil de porc ou de corbeau; les oreilles sont pendantes, et ne se meuvent que rarement et avec lenteur; les narines sont généralement petites, le museau charnu et la queue tombante ; un tel cheval fait peu attention à ce qui se passe autour de lui, il obéit avec lenteur à la bride et à la voix; ses mouvements sont lents, incertains et irréguliers, et quand il est mené à la main devant l’amateur, le marchand ou son

groom ont soin de lui appliquer un bon coup de fouet au départ, et de renouveler de temps en

temps cet avertissement; cependant, au lieu de dépasser de la tête celui qui le tient en main, c’est à peine s'il le suit. Néanmoins ces signes ne sont pas infaillibles : chez certains chevaux paresseux on ne les remarque pas, tandis que des chevaux actifs en présentent quelques-uns; l’essai sur une route inconnue et sans compagnon est le moyen le plus certain de s’en rendre compie.

Les chevaux paresseux sont peu sujets aux maladies : 1ls épargnent très-bien leurs jambes, et comme ils ne s’échauffent pas aussi souvent que d’autres, ils sont plus rarement enrhumés ; ils ont grand appétit, et ils souffrent souvent pour avoir mangé trop avidement après un long jeûne ; ni la nourriture ni les médecines ne paraissent avoir une grande influence sur leur énergie; bien ou mal nourris, leur torpeur reste la même. La paresse peut provenir accidentellement de la faim, de la fatigue, ou de toute autre cause produisant l'épuisement; mais, dans ce cas, le mal est temporaire, et sa véritable cause est fa-

cile à discerner...

Le cheval actif se reconnaît aisément, soit en route, soit à la chasse ; il exécute sa besogne comme si elle lui causait du plaisir ; dans l’écurie il paraît faire attention à tout ce qui l’environne ; mais 11 ne faut pas le confondre à cet égard avec le cheval timide, qui s’effraye et tressaille au moindre bruit. Le cheval actif et courageux regarde et écoute, mais sa contenance est calme et non craintive comme celle du cheval peureux ; s’il est conduit en main devant l’acheteur, il part joyeusement, obéit à la bride et à la voix sans la moindre hésitation ; en route, il ne faut pas lui donner de correction, il répond à toutes les impulsions qui lui sont dornées par le cocher ou par le cavalier, et, ayant reçu un ordre, il se met en marche en allant en avant avec la rapidité voulue, et conserve son allure jusqu’à ce qu’on la modère ou qu’on l’arrête. Ses oreilles sont en mouvement constamment; ses mouvements trahissent son ardeur, ils sont précis, vifs, brusques et libres; son œil est grand, son museau fin, avec de larges naseaux, de petites oreilles, une peau fine et des jambes parfaitement

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saines, qu'elles soient bien ou mal conformées. Il faut néanmoins ne pas oublier qu’une bonne conformation donne la force d'exécuter des efforts extraordinaires; le courage et la bonne volonté pour exercer cette force ne sont pas moins, cependant, indispensables pour accomplir des faits inattendus.

Cette énergie ou disposition favorable au travail peut être quelquefois trop grande pour certains usages auxquels on destine le cheval; celui de course ne peut jamais en avoir assez, c’est à une combinaison d'énergie et de bonne conformation que l’on doit les succès obtenus sur le turf. Mais dans les chevaux de trait, parmi lesquels il est rare de rencontrer une énergie extraordinaire, elle serait peut-être un inconvénient el même dangereuse ; on peut leur trouver trop d’énergie, surtout au départ, et dans un long voyage ils peuvent se faire du mal par leur trop grande vitesse. Dans un attelage à deux chevaux, lénergie de l’un, quand elle passe à l'excès, est capable de le détruire complétement, en ce qu'il

fait seul le travail réclamé par les deux, et qu'il

appuie Si fort sur les rênes que la bouche est toujours échauffée, ce qui l'empêche de prendre de la chair, et fait que bientôt les jambes faiblissent. Mais tout cela n’a lieu que lorsque la disposition au travail est outrée; on la rencontre d’ordinaire seulement dans les jeunes chevaux, mais ils deviennent moins impéiueux en arrivant à l’âge mür, tout en conservant toujours leurs bonnes dispositions au travail, ce qui les rend chers aux laboureurs.

Les chevaux chez lesquels le besoin de mouvement est extrême sont sujets à s'emporter, mus non par la crainte, mais par le seul plaisir qu’ils éprouvent en courant, ils ont beaucoup d’émulation; au départ comme au retour leur allure est toujours la même, et s’ils se voient dépassés par un autre cheval, ils s’animent et ils s’agitent. A la chasse, leur ardeur ne connaît pas de bornes ; la queue et les oreilles droites, les narines et les yeux dilatés, lécume à la bouche, la sueur ruisselant le long de leurs flancs palpitants, ils s’élancent en avant en dépit de tous les obstacles.

Souvent ils ne s'arrêtent que lorsqu'ils tombent

entièrement épuisés par la fatigue ; on en a vu mourir sur place sous le poids de quelque sot éhonté, qui déshonore l’humanité par sa conduite envers le plus noble des animaux, et par l’exaltation offensante ou l'indifférence avec laquelle il parle de sa perte.

Ruse des marchands de chevaux. — Une abominable pratique est mise en usage dans les écuries de quelques marchands peu scrupuleux. Dans le but de donner aux chevaux paresseux, âgés, épuisés ou malades, une apparence d'énergie ou d'activité, avant de les exposer en vente, ils les soumettent à une flagellation sévère et cruelle. Un homme assez vil pour accepter cette odieuse mission, plus souvent un mauvais gamin, esl chargé de fouetter le cheval jusqu’à ce qu’il devienne fou de douleur et d’effroi. Tremblant de tous ses membres, l’animal terrifié est ensuite sorti de l'écurie et présenté à l’acheteur; dans cet état de surexcitation, il bondit au plus léger bruit, au moindre attouchement, tant il craint de sentir se renouveler l'épreuve qu'il vient de subir.

Quelque acheteur ignorant pourra se laisser duper

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par cette ruse grossière et attribuer cette agilité à une vigueur naturelle et à un fonds d'activité, mais l’homme de cheval pourvu de quelque expérience reconnaîtra bientôt l’origine de l'effroi que trahit la contenance inquiète du cheval et son agitation fiévreuse, et il sera convaincu qu’elle a été occasionnée par les coups de fouet administrés par quelque coquin brutal. Cette manœuvre barbare n’est pas seulement adoptée pour produire une apparence momentanée d’activité et de vigueur, on y a recours le plus souvent pour cacher certains défauts et boiteries. Dans les foires et les ventes publiques, elle est ordinairement mise en usage et appelée firing (chauffage).

La torture du fouet, ou la seule crainte de son application, feront bien pour quelque temps qu'un cheval boïteux marchera sans qu’on s’en aperçoive, ou qu'au moins il boîtera beaucoup moins ; et pour cela il n’est pas seulement battu sans merci dans l’écurie, mais lorsqu'il est présenté aux acheteurs, il reçoit presque sans relâche

des coups de chambrière d’un palfrenier qui

court derrière l’animal, ou des coups de cravache de celui qui le montre à la main. Lorsque l’acheteur remarquera cetie manœuvre, il peat être assuré qu’elle n’est mise en usage que pour cacher quelque défaut.

L'usage du gingembre est une autre misérable ruse pratiquée dans presque toutes les écuries de marchands ; elle est cause que le cheval porte mal la queue, qu’il l'élève quelquefois dans Fair comme un taureau furieux. Ce procédé tourmente le cheval sans cependant lui causer de souffrance, et à coup sûr, dans aucune circonstance, il ne le fait paraître plus gracieux; il n’ajoute rien à la démarche du cheval, à l'énergie de ses allures,

d'autant plus que la ruse est facilement reconnue.

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