‹ Conseils aux acheteurs de chevauxChapitre 25 sur 62 · ACTION · texte numérisé non relu

ACTION

Quand les hommes de chevaux parlent de l'action d’un cheval, ils entendent généralement se référer aux mouvements de l’avant-train lorsqu’il marche; et lorsqu'ils veulent parler du train de derrière, ils disent l’aclion postérieure; mais le terme action est rarement employé pour une autre allure que le trot. L’acuon est de diverses espèces ; 1l y a la bonne et la mauvaise, lahauteet la basse, l'étendue et la limitée, celle qui est précise et celle qui est désordonnée.

Bonne action, est celle qui est étendue, haute et libre ; les mouvements du cheval sont alors aisés, réguliers ; 11 pose le pied sur le sol avec fermeté et presque à plat, et le lève assez haut pour pouvoir le jeter en avant et le retirer en

arrière dans la plus parfaite harmonie. L’allure ç

dégagée, résolue, et dont chaque enjambée prend beaucoup de terrain, caractérise ce que l’on nomme une bonne action, et indique l'énergie ; aussi on ne la trouve ordinairement que chez les chevaux qui ont de la vitesse et qui sont capables de supporter de longues fatigues. Si elle n’est pas absolument essentielle pour la süreté du cavalier, elle lui donne cependant une grande confiance que le cheval ne tombera pas, et certainement il encastera beaucoup moins que tout autre qui n’est pas doué des mêmes avantages d'action.

Mauvaise action, signifie celle qui dévie de la bonne; elle sera basse, limitée et irrégulière. Elle est basse si le cheval ne lève pas suffisamment les pieds; dans le langage d’éeurie, on dit qu’il rase le tapis où le gazon. Les chevaux de cette espèce sont généralement regardés comme sujets à broncher et à faire des faux-pas, et dans le fait c’est là leur défaut; il dépend beaucoup de la manière dont ils posent leur pied sur le sol; cette pose doit avoir lieu à plat etsans hésitation.

Si le cheval est dans la condition d’une basse ac-

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tion, il place le pied la pofhte en avant, ce qui fait qu’il enfonce dans le sol, et lorsqu'il veut le retirer promptement, il est exposé à le trouver embarrassé dans le terrain, ce qui le rend sujet à tomber. Mais si un cheval à basse action place bien ses pieds à plat, il pourra broncher souvent, mais néanmoins ilne faut pas craindre qu’il s’abatte quoiqu'il menace souvent de le faire. La basse action est commune à la race des chevaux de course, mais avec cette différence que dans Îles autres espèces elle est souvent combinée avec l’action limitée.

La haute action est le contraire de la précédente. Il existe une opinion assez répandue que le cheval est moins sujet à broncher, en proportion qu'il lève plus haut ses pieds de devant; mais c’est là une erreur; l’action est suffisamment haute si le pied domine les inégalités ordinaires du terrain. |

En France et dans les Flandres, il y a des chevaux qui lèvent les pieds trop haut, et qui en même temps n’ont qu'une action limitée; dans ce cas le pied est bien levé très-haut du sol,

mais il retombe presque à la place d'où 1l s’est soulevé.

L'action est donc haute, majestueuse et relevée, mais elle n’est pas la plus utile et elle fatigue les pieds et les jambes. |

« Au cheval de louage, dit Nimrod, il faut une qualité essentielle, une sine qua non, qui est que le cheval doit raser le terrain sans tomber. Peutêtre qu’il n’est pas généralement connu qu'un cheval puisse marcher très-près de terre, sans jamais faire de faux pas, et qu’un autre puisse lever très-haut ses genoux jusqu'à atteindre presque son museau tout en bronchant souvent; s’il était nécessaire que Je fisse connaître quel a été le cheval le plus sûr que j'ai jamais connu, je n’hésiterais pas à désigner une jument qui a appartenu à mes parents pendant plus de quinze années ; elle touchait à chaque pierre sur laquelle elle passait, mais jamais elle n’a bronché. Relever la jambe, ou ce que le peuple de Londres appelle action des genoux, n’a exactement rien de commun avec la sécurité qu’un cheval peut offrir

à son Cavalier; car ce n’est pas eu relevant le

pied que réside la sécurité; elle dépend de fa manière de le poser sur le sol. Quand j'essaye un cheval avec l'intention de l'acheter, je l'ai bientôt mis à l’épreuve ; je le monte, et, lâchant les rênes, je le laisse cheminer au pas une centaine de mèlres sur un sentier; s’il enfonce les pieds dans le sol au lieu de les poser à plat, je ne tarde pas à m'en apercevoir, car il l'aura fait deux à trois fois sur celle distance: sur les sentiers il y à toujours de petites inégalités, des ondulations de terrains presque imperceplibles et qui pour cette raison même trahissent immédiatement l’action défectueuse; si, au lieu de cela, il marche légèrement et uniment, sans toucher à ces ondulalions, je l’essaye à une autre allure, et si elle est exécutée de la même manière, je n’ai aucune raison de craindre qu’il ne trébuche. »

Peu de cavaliers partageront l'avis de Nimrod, quand il dit qu’une action haute n’a rien de commun avec la sécurité. Dans une course rapide, un cheval peut être abattu par le choc d’une pierre saillante qu’un cheval à action plus haute

eût certainement évitée; il est possible qu'un

cheval à action basse puisse être sûr s’il met le pied à plat sur le sol, mais il serait plus sûr encore si son action était plus haute; il est désirable que le cheval gagne le terrain. C’est une position désagréable pour le cavalier quand il voit son cheval chopper à chaque pas et qu'il craint à chaque instant qu'il ne s’abatte, même quand on est persuadé qu’il ne le fera pas.

L’action est étendue lorsque le cheval fait de longues enjambées et lance hardiment les pieds en avant; dans le langage des gens d’écurie, on nomme cela en anglais Pitching, c’est-à-dire que l’action est comme fixée par la poix. C’est là un des signes d’une bonne action, et rarement on la trouve dans FPallure des chevaux qui rasent le sol; elle réclame une grande profondeur d'épaules, un avant-bras musculaire, une jambe plate et beaucoup d'énergie.

L'action limitée est celle du cheval qui ne fait que des pas très-courts; elle peut être haute et limitée en même temps. Elle est commune parmi les chevaux qui ont le garrot très-bas, les épaules chargées, la poitrine ronde et le dos court; ces

chevaux sont peu agréables pour le cavalier; ils n’ont pas le pied trop sûr et vont rarement trèsvite, cependant ils peuvent supporter de grandes fatigues, au moins celles auxquelles convient leur construction.

L'action précise, ou régulière, est une qualité à rechercher pour tous les chevaux, mais principalement pour ceux de route. Elle consiste dans le parfait accord dans les mouvements, et dans un contrôle parfait des pieds lorsqu'ils sont relevés. L'action peut être haute et étendue sans être régulière, et ce cas se présente même fréquemment chez les chevaux jeunes et très-ardents; l’action régulière ne s'acquiert pas sans une longue pratique et beaucoup c’énergie; on peut reconnaître cette allure même dans lobscurité ; le trot d’un cheval doué d’une action précise a quelque chose de musical, lorsqu'on entend le raisonnement des fers sur les pavés de la route. Ordinaïrement ces chevaux sont sûrs, acüfs et obéissants ; ils ont d'excellents membres antérieurs, une arrière-main bien développée; ils

sont agréables à monter; en temps de gelée, leur

adresse à se maintenir en passani sur des glaces, est vraiment admirable.

L’action desordonnee, qui est l’opposée de la précédente, est celle du cheval qui troite avec nonchalance, ou d’une manière tantôt trop lente, ou tantôt trop précipitée ; 1l va tantôt vite, tantôt lentement, et ne sait pas conserver la même al- Jure, ce qui fait que ces mouvements n’ont aucune régularité : ses membres se balancent et s'écartent ou se rapprochent, de manière que quelquefois ils sont à une grande distance les uns des autres, et que peu après ils se croisent, de sorte qu’ils ont l'air de ne pas obéir à un contrôle et d’agir sans ensemble ni harmonie ; une telle action, au lieu d’êlre précise et gracieuse, est sans harmonie et tout à fait grossière. Tous les chevaux, avant d’être dressés, sauf quelques rares exceptions, ont des mouvements désordonnés de cette nature ; mais par l'éducation l’action devient régulière. Cependant il y en a qui arrivent difficilement et longuement à mettre de la précision dans leurs mouvements: quelques-

uns même ne parviennent jamais à acquérir des

allures régulières, qu’elles soient vives ou lentes. Des jambes de devant mal posées ou mal allachées au corps, ou une autre mauvaise conformation, peut-être la seule cause d’une action défectueuse, qui rend ces chevaux incommodes à la selle et sujeis à se couper. Leur aclion désordonnée les fatigue rapidement; après une course assez courte, on remarque de la fatigue dans tous leurs membres, et il faut dire qu'ils ne peuvent convenir qu à un travail lent et de peu d'importance.

Si la sûreté, comme il a déjà été dit, ne dépend pas toujours de la hauteur à laquelle le cheval lève les pieds, je dois ajouter qu’elle ne dépend pas non plus exclusivement de la manière dont il les pose. Un grand nombre de chevaux, dont l’action est très-bonne sur une grande route, sont à peine sûrs sur un sentier inégal et pierreux ; tandis que d’autres, avec bien moins d’apparence et dont l’action semble même médiocre, ne bronchent jamais quel que soit l’état de la route. Un homme de cheval, insouciant ou inex-

périmenté, peut ne pas avoir fait cette remarque ;

mais elle est néanmoins très-vraie. Il est facile d'expliquer cette différence; elle provient de ce que l’un de ces chevaux fait une grande attention à la route qu’il parcourt, et que l’autre n’en fait aucune. Le bidet écossais, d’un pas si sûr, ne pose jamais le pied sur un terrain qu’il ne connaît pas sans avoir, au préalable, examiné où il va le poser, il procède prudemment et choisit avec beaucoup de sagacité la place où il posera chacun de ses pieds. Il fait sa besogne comme un serviteur soigneux, et ne quitte pas des yeux les sinuosités, les pierres, les cailloux et les trous qui se trouvent en grand nombre sur la route qu'il parcourt journellement. Un imprudent eavalier ne peut aisément le convaincre qu’il serait raisonnable dé courir bride abattue sur une si mauvaise route ; quelque excité qu’il puisse être par lui, il continue à se hâter lentement en songeant à sa propre sûreté, et en continuant le plus promptement possible à faire un examen des obstacles. Son action n’est pas celle d'une machine, il sait faire de grands ou de petits pas

selon les circonstances ; il fait de petits sauts,

lève ses pieds suffisamment, mais pas plus haut que ne l’exigent les obstacles. Il règle son allure d’après la route qu’il a à parcourir, et, sans aucun doute, il a appris à régler ses mouvements d’après les anfractuosités des routes de montagnes où il a été élevé ; les nombreuses chutes qu’il a faites dans sa jeunesse lui ont enseigné la prudence. Ce genre d'action si commun parmi les poneys se rencontre aussi chez beaucoup de chevaux de race élevés dans des terrains pierreux et montagneux.

Le cheval inattentif peut être excellent sur un terrain uni et sablé et sur une bonne route macadamisée ; mais sur un mauvais chemin, et surtout l'hiver, ce sera toujours une monture dangereuse. Il regarde le ciel ou les objets qui l'entourent sans s'occuper où il doit mettre ses pieds, comme sl croyait que c’est laffaire du cavalier et non la sienne. Il bronche contre les sinuosités, ou il s'enfonce dans la boue jusqu’aux boulets, tandis qu’en déviant un peu sans le moindre effort il pourrait l’éviter. Aussi, à chaque instant, il

semble prêt à tomber; mais peu lui importe; il

continue sa course désordonnée sans se soucier de faire mieux en pareille circonstance. De tels chevaux pourraient presque se passer d’avoir des yeux, car ils n’en font aucun usage, et on ne peut les juger que par une épreuve sur un terrain

irrégulier et raboteux.

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